18 Oct 2021 / Interview

« Il faut miser sur les ressources de l’Afrique pour stimuler sa croissance » Abdul Samad Rabiu, CEO de BUA Group.

 

Abdul Samad Rabiu est le Président exécutif de BUA Group et l’un des plus grands industriels d’Afrique. Acteur majeur au Nigeria, BUA Group opère dans l’agroalimentaire (sucre et huile) et les infrastructures (ciment, ports, immobilier). Après des débuts dans le ciment en 2008, le groupe pèse aujourd’hui un quart de la capacité de production du pays, faisant d’Abdul Samad Rabiu l’un des Africains les plus riches au monde en 2020, avec une fortune estimée à 4,5 milliards de dollars.

 

Contrairement à beaucoup d’autres, le groupe n’a pas souffert de la pandémie. Depuis son entrée sur le Nigerian Stock Exchange en janvier 2020, BUA Cement PLC a doublé sa valeur boursière tandis que ses activités dans le secteur du sucre et de l’agro-industrie, qui misent sur des partenariats internationaux, ont augmenté leurs capacités de production. À l’occasion de l’édition digitale de l’Africa CEO Forum, Abdul Samad Rabiu est revenu face à Eleni Giokos de CNN sur la solidité du groupe dans un climat instable et sa vision de l’avenir industriel en Afrique.

 

Eleni Giokos : Nous entrons dans une ère dite post-covid que certains qualifient de « nouvelle normale » (« new normal »). Comment y faites-vous face ?

 

Abdul Samad Rabiu : À travers l’histoire, plusieurs événements déterminants ont façonné le monde et la pandémie de Covid-19 en fait malheureusement partie. Elle a déclenché une crise sans précédent dans tous les secteurs de l’économie. Son impact sur les chaînes d’approvisionnement a entraîné une flambée des prix des produits de base. C’est un réel défi, surtout dans un pays comme le Nigeria qui importe de nombreuses denrées alimentaires. Les pays importateurs doivent faire face à des frais de transport élevés. Mais cela donne un avantage aux entreprises qui s’approvisionnent et produisent localement, et de nombreux pays prennent cette direction.

 

 

E : Vos activités dans le ciment sont entrées en bourse juste avant la pandémie. Malgré des marchés très instables, le cours de vos actions n’a cessé de grimpé depuis le début de la crise. Comment expliquer votre résistance face à la crise ?

 

A.S : Nous savions que notre introduction en bourse allait être un défi et nous avons misé sur la qualité, l’efficacité et nos ressources humaines. Nous avons réussi à offrir un produit qui est aujourd’hui devenu une référence. Mais le marché nigérian explique aussi notre succès. Le Nigeria compte environ 200 millions d’habitants et produit à peine 30 à 35 millions de tonnes de ciment par an, ce qui est proportionnellement assez faible. Pour preuve, la demande annuelle frôle les 56 millions de tonnes. Et c’est d’ailleurs pour y répondre que nous allons mettre en service une toute nouvelle usine d’ici la fin de l’année.

 

E : Êtes-vous toujours convaincu que les prochaines années seront synonymes de croissance pour l’Afrique ?

 

A.S : L’Afrique offre de nombreuses opportunités et ressources, ce qui en fait un endroit idéal pour faire des affaires. Même si mon optimisme est peu partagé, je pense que nous devons exploiter ses atouts, comme les mines et l’agriculture, pour subvenir à nos besoins et exporter dans d’autres régions du monde.

 

E : Comptez-vous adopter une approche plus verte et durable après la pandémie ?

 

A.S : Nous devons nous pencher sur des solutions plus écologiques. Mais l’Afrique subsaharienne représente moins de 1 % des émissions mondiales de CO2. Il est évident que nous devons en faire davantage, mais la transition prendra un peu de temps. En ce qui nous concerne, nous avons amorcé cette transition en abandonnant dans certaines usines le charbon et d’autres énergies fossiles au profit du gaz naturel.

 

E : Quelle est selon vous le prochain grand défi à accomplir pour l’Afrique ?

 

A.S : L’Afrique concentre 65 % des terres arables du monde, son avenir est donc dans l’agriculture. L’exploitation minière est un autre grand axe de croissance pour le continent.

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