26 Oct 2021 / Article

« La relance est possible, à condition d’alléger la bureaucratie » — Makhtar Diop, Directeur général de la SFI

 

Devenu Directeur général de la Société financière internationale (SFI) en mars 2021, Makhtar Diop a été auparavant Vice-président de la Banque mondiale pour les Infrastructures et Vice-président de la Banque mondiale pour la Région Afrique. Économiste de formation, il a aussi occupé des postes gouvernementaux comme celui de ministre de l’Économie et des Finances du Sénégal.

 

Lors de l’édition digitale de l’Africa CEO Forum, Makhtar Diop est revenu face à Eleni Giokos de CNN sur l’impact de la pandémie, qui a bouleversé les chaînes de valeur et obligé l’Afrique à importer près de 99 % des vaccins.

 

Eleni : Quels enseignements tirez-vous de la crise de la Covid-19 ?

 

Makhtar : Nous avons appris qu’il faut réagir rapidement. Devant la frilosité des banques du continent, nous avons revu largement à la hausse le volume de financement du commerce. Cette année, nous avons investi 18 milliards de dollars pour financer le libre-échange, dont une grande partie en Afrique.

 

La pandémie a aussi mis en évidence le besoin d’innover face aux défis nouveaux ou inattendus. C’est pourquoi nous avons pris de nouvelles initiatives, comme la reprise d’actifs d’entreprise en difficulté. Elle concerne des actifs viables sur le long terme mais qui nécessitent une attention particulière en temps de crise.

 

Enfin, nous avons dû réexaminer les politiques de faillite qui étaient souvent inadaptées ou dépassées dans de nombreux pays. Elles compliquaient la relance et l’aide au secteur privé. Cela dit, les économies africaines ont fait preuve d’une grande résilience notamment grâce aux mesures prises avant la crise.

 

Eleni : Les entrepreneurs et le secteur privé ont montré une incroyable capacité d’adaptation. Comment cela a-t-il influencé la stratégie de l’IFC ?

 

Makhtar : Nous avons d’abord augmenté le volume des prêts et des interventions dans des secteurs où nous étions moins présents. Nous avons également multiplié par dix notre portefeuille dans le secteur de la santé et dirigeons un consortium de prêteurs pour soutenir la production de vaccins en Afrique. Nous avons aussi lancé l’Africa Medical Equipment Facility pour faciliter l’accès aux équipements médicaux de qualité.

 

Une autre conséquence a été de nous concentrer davantage sur le numérique. La crise a révélé la fracture numérique du continent. Celle-ci doit absolument être comblée pour permettre aux économies africaines de réagir efficacement. Deux grands câbles sous-marins seront mis en service dans quelques années pour multiplier par près de 30 le volume de données sur le continent. Avec les bonnes politiques, nous pouvons atteindre l’accès universel à l’internet d’ici 2030, et aider les startups et les PME à intégrer l’économie numérique.

 

Eleni : L’accès insuffisant aux vaccins représente toujours une grande menace pour la reprise économique du continent. Comment les entreprises du secteur privé peuvent-elles collaborer pour se préparer aux futures pandémies ?

 

Makhtar : Nous ne ménageons pas nos efforts et certaines grandes entreprises travaillent à une technologie vaccinale plus avancée en Afrique. Une entreprise a par exemple annoncé un investissement de 500 millions de dollars dans un vaccin à ARN messager. Les acteurs privés ont bien compris les nouvelles problématiques et les besoins d’investissement. L’OMS a récemment annoncé le déploiement massif d’un vaccin antipaludique. Cette crise nous donne l’occasion d’éradiquer des maladies qui freinent l’Afrique et de créer un écosystème pour une industrie pharmaceutique plus forte.

 

Eleni : En cas de nouvelle pandémie, pensez-vous que nous serons mieux préparés et que nous pourrons produire des vaccins rapidement ?

 

Makhtar : La production de vaccins est un processus complexe. Il faut donc faire preuve de prudence et vérifier que toutes les conditions sont réunies. Certains pays comme le Sénégal, avec l’Institut Pasteur de Dakar, travaillent depuis un certain temps sur un vaccin contre la fièvre jaune. Vous devez tenir compte de votre niveau de développement scientifique avant de vous lancer dans une activité industrielle. Des pays comme l’Afrique du Sud, le Sénégal et le Rwanda sont un peu plus avancés. Les différents pays doivent aussi se spécialiser pour rendre le secteur pharmaceutique plus concurrentiel. La zone de libre-échange continentale africaine devrait faciliter le processus.

 

Eleni : Êtes-vous confiant quant à l’avenir du continent et à son attractivité en matière d’investissements directs étrangers ?

 

Makhtar : Après une augmentation des investissements, notamment pour les matières premières, nous observons une légère baisse. Mais je compte sur un rebond dès l’an prochain. Je suis convaincu que les choses vont s’améliorer, mais nous devons alléger la bureaucratie pour les investisseurs africains et les autres. Il faut aussi tirer parti de l’économie numérique et écouter nos jeunes pour leur donner la place qu’ils méritent.  Nous devons enfin veiller à ce que les femmes soient bien présentes dans les secteurs productifs. Mon optimisme vient aussi de l’impressionnante énergie que déploient les Africains de la diaspora. Le monde se transforme rapidement et j’espère que dans six mois, mes propos ne seront déjà plus d’actualité.

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