20 Avr 2021 / Article

« Access Bank veut devenir la porte d'entrée de l'Afrique sur le monde »

Herbert Wigwe, CEO, Access Bank 

CEO du groupe Access Bank, Herbert Wigwe a derrière lui plus de vingt-sept ans de carrière dans la finance. Depuis son intronisation en 2002, il est parvenu à faire d’une petite banque commerciale nigériane l’une des plus grandes banques d’Afrique en termes de clientèle – avec plus de 31 millions de clients sur le continent.

Dans une session exclusive avec Ramah Nyang, journaliste économique à CGTN Africa et Bloomberg, lors de l’Africa Financial Industry Summit, ce banquier éminent mais discret a accepté de discuter de la transformation de Access Bank, de la manière dont la pandémie de la Covid-19 a affecté les opérations bancaires, ainsi que de sa stratégie d’expansion.

 

Ramah Nyang : Votre récente fusion avec la banque nigériane Diamond Bank a constitué la principale actualité concernant Access Bank au cours de la dernière année. Où en est-on ?

 

Herbert Wigwe : Cela se passe bien. Nous avons été en mesure de réaliser la plupart des synergies que nous ambitionnions, de fonctionner sous une seule marque et que notre technologie soit intégrée dans les deux entités. La culture d’entreprise reste une difficulté du fait notamment de l’impossibilité tout au long de l’année dernière en raison de la pandémie de tous nous réunir afin de promouvoir une culture unique.

 

RN : Vous avez développé Access Bank relativement rapidement, en partie grâce à des acquisitions, et d’autres sont d’ailleurs en préparation. Pouvez-vous nous expliquer le processus de réflexion qui précède la décision de fusionner ou de faire une acquisition ?

 

HW: Lorsque nous sommes entrés dans Access Bank en 2002, nous savions que dans le contexte du Nigeria, qui est une grande économie, une très petite banque n’aurait aucune chance. Partout dans le monde, les cinq premières banques contrôlent les parts de marché d’un pays. Notre force initiale était la banque de masse. À l’époque, mon partenaire et moi avons décidé de jouer sur nos points forts – fournir aux grandes entreprises des lignes commerciales solides en utilisant la technologie comme un avantage, et travailler avec des acteurs multilatéraux pour fournir des lignes transparentes et suffisamment importantes pour soutenir nos clients. Nous avons ensuite procédé à une série de fusions en rachetant Marina Bank et Capital Bank en 2007. Notre objectif était simplement de fusionner en fonction des institutions qui partagent les mêmes valeurs et qui ont des clients en gros, car c’était ce dont nous avions besoin. Après cela seulement, nous sommes passés à la vitesse supérieure en investissant la banque de détail.

 

RN : L’une des principales tendances observées actuellement dans les différents secteurs est l’arrivée en force de la technologie notamment digitale. Envisagez-vous d’acquérir des entreprises technologiques dans le cadre de vos futurs plans d’acquisition ?

HW : Nous avons mis en place une structure de holding et l’un des domaines sur lesquels nous allons nous concentrer est la technologie et le secteur des paiements. Je rappelle que nous avons créé une fondation fintech appelée Africa Fintech Foundry et que nous sommes la première banque nigériane à le faire. Il est extrêmement important pour nous d’adopter une technologie qui peut être utilisée par plusieurs acteurs différents, indépendamment d’Access. Lors de cette prochaine phase de notre croissance, nous allons analyser les domaines autour du paiement et des fintechs qui peuvent soutenir la croissance de notre entreprise et amener plus de gens vers le secteur formel.

RN : Qu’est-ce qui a fait de Bank ABC, basée au Mozambique, un actif digne d’être acquis par Access ?

HW : Quand nous disons que nous voulons être la porte d’entrée de l’Afrique sur le monde, ce que nous voulons dire, c’est que nous voulons devenir une sorte de Citibank en Afrique. Ainsi, une proportion très importante de tous les paiements effectués sur le continent passerait par Access Bank. Pour y parvenir dans les pays où nous souhaitons être présents, nous devons être plus qu’un simple point avec une présence raisonnable pour effectuer des transactions de détail, gérer le commerce, les flux de la diaspora, assurer les paiements intra-africains de manière transparente sur la plate-forme, etc. Étant donné qu’Atlas Mara se séparait d’ABC, nous y avons vu une bonne opportunité. C’est ce qui nous a conduits à la transaction au Mozambique. Si nous ne l’avions pas fait, il nous aurait fallu probablement 15 ans de plus pour avoir ce genre d’opportunités.

RN : Y a-t-il d’autres marchés en Afrique qui vous intéressent en ce moment sur la base de l’argument que vous venez d’avancer ?

HW : Oui. Nous sommes présents au Kenya et nous essayons de nous implanter en Afrique du Sud. En Afrique de l’Est, nous sommes présents au Rwanda et nous nous intéressons également au Cameroun et à la Guinée. Nous progressons donc en Afrique subsaharienne, mais nous essayons toujours de mieux comprendre le Sahel. L’Égypte est un marché important que nous essayons de comprendre avant de nous décider à y entrer. Mais l’Afrique australe reste sans doute la plus grande zone économique de tout le continent – de l’Afrique du Sud au Botswana et à la Zambie.

RN : 2020 a été une année très difficile pour de nombreuses économies africaines en raison de la Covid-19. Compte tenu des difficultés rencontrées, qu’est-ce qui vous tenait principalement éveillé la nuit ?

HW : Une pandémie sera toujours un problème, mais vous devez assumer la responsabilité de toutes vos équipes, de tous vos employés, où qu’ils soient sur le continent. Mais nous devons également surmonter le problème, sans être irresponsables, pour continuer à travailler et à développer notre institution. Tout au long de la pandémie, nous avons créé un environnement de travail très sûr, un moyen d’atteindre nos clients d’une manière conforme à la Covid, tout en restructurant les facilités de prêt pour certains clients.

RN : Que pensez-vous du programme Naira-for-Dollar institué par la Banque centrale du Nigeria (CBN) pour favoriser les transferts de fonds de la diaspora vers le Nigeria ?

HW : Les envois de fonds de la diaspora ont sévèrement diminué en 2020. Dans le passé, le montant des flux atteignait un milliard de dollars par mois, mais ils se sont taris l’année dernière, sans être aidés par le climat négatif entourant l’environnement macroéconomique du Nigeria. Or les programmes de la CBN et d’autres initiatives ont inversé la tendance.

RN : Parlons de la ZLECAf qui offre de nombreuses opportunités de croissance pour les économies du continent. Comment rendre le processus transparent pour les deux parties ? Par ailleurs, qui prend en charge le risque et la volatilité des devises sur les différents marchés ?

HW : Actuellement, vous pouvez effectuer un paiement du Nigeria au Ghana ou au Kenya avec votre téléphone portable. En étant présents dans les hubs critiques du continent, nous allons déployer plusieurs méthodes de paiement. La volatilité doit être gérée, quel que soit le lieu d’origine des marchandises. Si nous travaillons tous ensemble et que les régulateurs coopèrent, je pense que nous pouvons harmoniser toutes ces choses et trouver un accord qui fonctionnera. L’expérience de la Covid nous a appris que si nous ne nous occupons pas de nous-mêmes, nous finirons par en faire les frais.

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