21 Mar 2018 / Article

Agro-industrie en Afrique : le financement mixte comme facteur d’accélération

Par Yana Kakar, associée-gérante monde de Dalberg Advisors. Avec huit bureaux en Afrique, Dalberg figure parmi les leaders du continent en matière de conseil en stratégie. L’expertise centrale de Dalberg est l’élaboration de modèles d’affaires inclusifs, le développement économique et les stratégies d’investissement. Dalberg a des activités dans des domaines variés notamment l’agriculture, l’infrastructure, les services financiers, la santé et l’énergie.

La compétitivité de l’agriculture africaine repose sur la recherche de moyens nouveaux et innovants permettant de financer différents segments de la chaîne de valeur. L’enjeu est important : le déficit de l’Afrique est en constante augmentation, avec une facture annuelle d’importation alimentaire estimée à 100 milliards de dollars d’ici 2024.

Une fois les financements publics pris en compte, le déficit actuel de financement nécessaire à une transformation agricole en Afrique se situe autour de 32 milliards de dollars d’investissements par an jusqu’en 2025. Dans l’agriculture, la rentabilité des investissements ajustée au risque des investissements n’est tout simplement pas suffisante pour stimuler le niveau d’investissement nécessaire.

Graphique : En matière d’importations alimentaires, la situation pourrait s’aggraver

Pour remédier à cela, un nombre croissant de facilités de financement mixte ont été lancées au cours des dernières années. Le financement mixte (blended financing) utilise des capitaux sous-commerciaux ou philanthropiques pour mobiliser les flux de capitaux privés. Il rassemble différents types de financiers ayant des appétences différentes en termes de risques. Le financement mixte n’est pas nouveau – il s’agit simplement d’un nouveau cadrage autour d’une dynamique qui existe depuis un certain temps – et il a généré de larges partenariats de plusieurs millions de dollars avec des entreprises et des fonds de toutes tailles.

Le financement mixte est un outil de réduction des risques

Pour le secteur privé, cette proposition de financement est claire et directe : elle réduit le risque et peut parfois augmenter les rendements pour les investisseurs privés. Le financement mixte redistribue le risque à ceux qui peuvent le supporter. Il répartit les risques de manière innovante entre les différentes parties, le secteur public ou philanthropique absorbant souvent plus de risques pour introduire l’investissement privé. Ceci est particulièrement pertinent dans l’agriculture, un secteur intrinsèquement risqué.

Selon l’expérience de Dalberg, il existe trois étapes clés pour structurer des opérations de financement mixte réussies: identifier les bons partenaires, les impliquer tôt et mettre en place une structure de gouvernance pour que les incitations soient alignées. Par exemple, FAFIN – un fonds mezzanine de 65 millions de dollars pour l’agriculture au Nigeria que Dalberg a aidé à concevoir – a réuni le gouvernement nigérian, la Banque allemande de développement et la Sovereign Investment Authority du Nigeria. Chacun a apporté quelque chose d’unique à la table: le gouvernement nigérian avait la vision stratégique de la transformation agricole et le poids pour la mener à bien, la Banque allemande de développement avait déjà mis en place ces types de fonds, et le Sovereign Wealth Fund avait le capital et le savoir-faire.

Identifier les bons partenaires, les impliquer tôt et mettre en place une structure de gouvernance pour que les incitations soient alignées

Depuis son lancement, FAFIN a créé plus de 500 nouveaux emplois et a amélioré la vie de plus de 1000 petits exploitants agricoles et de leurs familles en soutenant des incitations commerciales innovantes et des programmes pour les cultivateurs. Selon certaines indications, le fonds pourrait créer 4000 emplois directs et indirects supplémentaires au cours des deux prochaines années.

Un autre exemple de financement mixte en action est le Fonds d’investissement agricole et commercial pour l’Afrique (Africa Agriculture and Trade Investment Fund) de 146 millions de dollars. Le fonds investit dans l’ensemble de la chaîne de valeur agricole en Afrique et est structuré avec une tranche de première perte et une tranche mezzanine pour encourager les investissements privés. Les investissements directs ciblent les fermes commerciales, les entreprises de transformation et les coopératives. Le fonds source des opportunités à travers les réseaux et les contreparties, et les entreprises peuvent postuler via son site Web.

Les entreprises du fonds comprennent un conglomérat ghanéen fournissant des engrais à crédit aux petits agriculteurs et des institutions financières telles que Chase Bank au Kenya. Le financement de Chase Bank fournit un financement par emprunt aux petites et moyennes entreprises agricoles afin d’accroître les prêts de Chase Bank dans le secteur. C’est une utilisation clé pour le financement mixte dans l’agriculture – inciter les banques commerciales à prêter à un segment de marché agricole qui peut être très rentable si les banques peuvent en profiter. Le gouvernement allemand a créé le fonds en 2008 afin d’attirer – en utilisant du capital-risque – des investissements supplémentaires et mettre ainsi en oeuvre les priorités de développement agricole du gouvernement. En fin de compte, le fonds veut améliorer la sécurité alimentaire, créer des emplois et augmenter les revenus locaux.

Pas une panacée

Le financement mixte n’est pas une panacée. Les principaux risques comprennent la distorsion des marchés et le soutien à des activités du secteur privé qui ne sont pas autosuffisantes à long terme. Les défis opérationnels les plus élémentaires comprennent l’absence d’un lexique commun et une compréhension partagée du moment et de la manière d’utiliser le financement mixte. Un autre inhibiteur est que les transactions sont souvent de petite taille (1 000 à 500 000 dollars US) et donc chères, ce qui ralentit les transactions. Enfin, les opportunités de financement mixte ont particulièrement besoin de davantage de partenaires locaux sur le terrain pour atteindre une taille critique.

Pourtant, la finance mixte a le potentiel d’être un outil gagnant-gagnant lorsqu’il est appliqué correctement. Et dans un secteur qui a désespérément besoin d’investissements, c’est un modèle de base qui pourrait être agrandi et adapté.

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