30 Mar 2021 / Article

Comment la digitalisation renforce la finance africaine post-Covid

En 2020, l’Afrique était la région avec la croissance la plus rapide en matière d’adoption du numérique dans le secteur bancaire, accompagnée d’un changement de comportement des consommateurs provoqué par la pandémie de coronavirus. Dans le même temps, et en dépit des obstacles posés par les réalités actuelles, la crise offre également une opportunité de repenser la trajectoire de la finance africaine.

 

Selon un rapport de McKinsey & Company, l’offre en services bancaires numériques en Afrique a connu une croissance annuelle de 20 % entre juin 2019 et juin 2020, ce qui est de loin la croissance la plus rapide parmi toutes les autres régions du monde. Dans certains pays comme l’Afrique du Sud, où l’activité bancaire numérique était faible avant 2019, l’adoption du numérique a quasiment été multipliée par cinq.

La crise de la COVID-19 a également déclenché une véritable accélération de l’usage des modes de paiements électroniques, car le confinement a contraint un grand nombre de PME à opérer leur transformation digitale, tandis que les banques et les fintechs comme Paystack ont rapidement proposé des solutions aux entreprises qui n’acceptaient jusque-là que les espèces comme moyen de paiement.

 

« 2020 a été une année où tout ce que nous avions mis en avant comme solutions pour le secteur bancaire a pris un caractère impératif, notamment la conversation autour de la numérisation », a déclaré Ade Ayeyemi, Directeur Général du Groupe Ecobank.

« Maintenant que nous avons démontré que ces technologies fonctionnent réellement, à mesure que nous allons de l’avant, leur développement en partenariat avec des fintech et des acteurs d’autres secteurs permettra une expansion du domaine de la finance suffisante pour que nous puissions créer de la richesse sur le continent », a-t-il déclaré.

Le secteur de l’assurance n’est pas en reste. Il a également fait preuve de résilience pendant cette période, avec de nombreuses entreprises s’efforçant de révolutionner la manière dont les clients souscrivent à une assurance et accèdent à ces services par l’entremise du digital.

« Certaines sociétés, comme BIMA, un actionnaire d’Allianz, ont permis aux gens de se doter d’une assurance pour un prix aussi bas que 30 centimes d’euro par mois pour être couvert », a expliqué Delphine Traoré, directrice des opérations d’Allianz Africa.

 

« Ce que nous avons également fait en tant qu’entreprise, c’est d’investir 10 % de notre chiffre d’affaires annuel dans la digitalisation. Nous devions nous assurer que notre infrastructure et notre système interne étaient suffisamment solides pour que nous puissions également commencer à offrir cela à nos partenaires, tout en fournissant une assurance à nos clients dans le monde entier », a-t-elle ajouté.

 

Par ailleurs, au-delà de la coopération entre les opérateurs de mobile money et les régulateurs, les institutions financières internationales ont été mandatées pour veiller à ce que tous les acteurs de l’économie puissent accéder facilement à des services financiers. De cette manière, l’épargne peut être investie dans des projets qui stimuleront l’activité économique, permettront au gouvernement de mieux participer et de créer un environnement propice aux investissements des grandes entreprises en Afrique.

 

Paul de Leusse, directeur général d’Orange Bank, a souligné l’importance de la digitalisation de la relation client à travers l’accès aux données. « De nombreux clients viennent du secteur informel – ils utilisent nos prêts pour acheter des produits qu’ils revendent par la suite. Nous avons donc digitalisé notre relation non seulement via la technologie USSD, mais aussi en utilisant les données qui nous permettent de comprendre leurs besoins et leur accès aux liquidités », a-t-il déclaré.

 

L’Ethiopie, un cas à part

Malgré l’impact de la pandémie, l’Éthiopie reste fermement engagée dans la libéralisation de ses secteurs financiers et des télécommunications. Selon le ministre éthiopien des Finances et du Développement économique, Ahmed Shide, cela fait partie du plan décennal du pays et constitue un aspect essentiel de son programme de réforme économique plus général.

« Pour libéraliser le secteur des télécommunications, nous avons décidé de délivrer deux nouvelles licences de télécommunications et de céder 40 % d’Ethio telecom, qui était sous monopole étatique. Parallèlement, pour ce qui est de la libéralisation du secteur financier, des mesures doivent encore être prises pour concrétiser notre réforme, mais nous sommes désormais très pragmatiques et ouverts d’esprit », a-t-il expliqué.

« En ouvrant notre marché à de nouveaux opérateurs de télécommunications, les nouvelles technologies et un réseau plus solide amélioreront la connectivité et permettront de maximiser les opportunités offertes par l’économie numérique », a-t-il ajouté.

 

Avec la probable dégradation de la qualité des portefeuilles qui devrait peser sur la rentabilité, il est crucial que les opérateurs les plus agiles et les mieux armés numériquement prennent l’initiative de relever les défis naissants. Il faut également espérer que le secteur financier reste résilient à mesure que les gouvernements introduisent des réformes soucieuses du secteur financier et bancaire.

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