09 Sep 2019 / Article

Électricité : les projets transfrontaliers peuvent-ils changer la donner ?

L’Afrique a fait d’énormes progrès cette dernière décennie en développant des milliers de mégawatts de capacité électrique. En revanche, les efforts pour construire les infrastructures permettant de transporter cette production supplémentaire, en particulier entre pays voisins, sont loin d’avoir été aussi importants. Le mix énergétique africain – hydrocarbures, hydraulique, solaire, éolien – pourrait pourtant profiter à chaque pays, les plus modestes producteurs pouvant acheter l’énergie produite par d’autres. La Zone de libre-échange continentale africaine (Zlec), dont la phase opérationnelle a été lancée en juillet dernier, pourrait également contribuer au développement de ce marché.

Des pays en surcapacité à même de soutenir des voisins en déficit

Selon le rapport « Transmission Roadmap to 2030 », réalisé par Power Africa, des pays tels que la Côte d’Ivoire (+1547 MW), la Guinée (+ 717 MW), le Ghana (+ 514 MW) ou le Sénégal (+ 373 MW) sont amenés au sein du pool ouest-africain, à augmenter leurs surplus de production d’électricité à l’horizon 2025, alors que le Nigeria (- 3545 MW) ou le Burkina Faso (- 435 MW) seront en déficit de production. En Afrique australe, l’Afrique du Sud, l’Angola et la Zambie pourront vendre de l’énergie au Zimbabwe, à la Namibie ou au Malawi.

« Les bénéfices potentiels [d’une meilleure interconnexion entre réseaux nationaux de transport d’électricité] sont immenses », insiste Wale Shonibare, directeur du département des solutions financières dans l’énergie, des politiques et de la réglementation à la Banque africaine de développement. L’Afrique de l’Ouest « souhaite économiser 1,2 milliards de dollars entre 2020 et 2025 » en améliorant aussi bien ces infrastructures de transport que les règles de marché sous-régionales.

Une électricité plus chère à produire qu’à acheter

Le réseau interconnecté Éthiopie-Kenya-Tanzanie doit quant à lui permettre à Adis Abeba d’exporter à hauteur de 200 millions de dollars d’électricité vers la Tanzanie durant les quatre prochaines années, illustre Wale Shonibare. La Tanzanie, en déficit de 485 MW en 2018, pourrait même économiser jusqu’à 500 millions de dollars en remplaçant sa coûteuse électricité d’urgence par de l’énergie achetée à l’Éthiopie. L’un des principaux enjeux est là : certains pays payent cher pour produire leur électricité, alors qu’acheter celle de leurs voisins serait moins coûteux. L’argument est notamment avancé face aux décideurs qui souhaitent rester souverains dans un secteur stratégique.

Avec un bon réseau transfrontalier installé dès l’origine, il est possible pour un pays qui détient un complément en énergie renouvelable, à différents moments de la journée, de vendre son électricité à un voisin

Vijay Iyer, vice-président and COO de MIGA, l’affirme : Même s’il ne dispose pas structurellement de surplus d’énergie, « avec un bon réseau transfrontalier installé dès l’origine, il est possible pour un pays qui détient un complément en énergie renouvelable, à différents moments de la journée, de vendre son électricité à un voisin, afin de gérer les variations de production. » Sur le continent, le pool sud-africain est sans conteste le mieux connecté, avec une plateforme de trading opérationnelle complète, explique Wale Shonibare, contrairement au réseau nord-africain, relativement bien interconnecté, mais à travers lequel les échanges sont limités. L’Est du continent devrait rapidement rattraper son retard sur l’Ouest, alors que l’Afrique centrale est clairement à la traîne.

Alain Ebobissé, CEO d’Africa50, reconnaît que « les actionnaires d’Africa50 sont d’abord concentrés sur la délivrance d’énergie à leurs propres pays ». Le manque de volonté politique figure parmi les freins principaux au retard d’investissement dans les réseaux de transport transfrontaliers. De cette volonté dépend notamment la résolution d’enjeux réglementaires nationaux et régionaux indispensables au montage de projets solides. « Pour construire la confiance et briser les barrières politiques », il est possible de commencer par des connexions entre villes transfrontalières, propose Joël Nana Kontchou, CEO d’Eneo au Cameroun.

Construire des infrastructures de transport est beaucoup plus fastidieux

Mieux protéger les investissements privés

Ahmed El Sewedy, le président et CEO d’El Sewedy Electric, insiste sur une autre problématique : « Les bailleurs de fonds préfèrent financer des centrales de production, car elles sont édifiées dans des délais relativement courts et prédictibles. Construire des infrastructures de transport est beaucoup plus fastidieux. » « Le retour sur investissement se fait sur 25 à 30 ans, abonde Vijay Iyer, contre 12 à 15 ans pour une centrale électrique ». Il invite à se demander pourquoi il existe si peu de bons exemples d’investissements privés dans ce secteur. A ce sujet, tous les panelistes s’accordent sur le fait qu’il faudra nécessairement créer de nouveaux instruments qui protègent mieux les investissements privés.

 

Retrouvez la présentation de Wale Shonibare :

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