22 Juil 2021 / Article

Financement des infrastructures : comment donner sa place au secteur privé ?

Avec seulement 5% de participation à la réalisation de projets dans les infrastructures en Afrique, les acteurs privés constituent un potentiel encore largement sous-exploité. Plusieurs éminents spécialistes de la question se sont penchés sur la meilleure façon de réussir à les mobiliser lors d’’un événement digital organisé par l’AFRICA CEO FORUM le 15 juillet.

 

La participation du secteur privé aux projets infrastructurels en Afrique est insuffisante. C’est le constat unanime qu’ont dressé les panélistes du deuxième webinar organisé par l’AFRICA CEO FORUM en partenariat avec Africa50, la plateforme d’investissement dédiée aux infrastructures créée par différents gouvernements africains et la Banque africaine de développement (BAD). Selon le FMI, 95% des projets d’infrastructures en Afrique sont détenus par des entités publiques. Résultat : des investissements insuffisants, qui ne couvrent qu’à peine 40% des besoins.

 

Secteur privé, gouvernements et institutions… un maître-mot : coopération !

Pour combler ce déficit chronique, favoriser la coopération entre secteur public et secteur privé est clé, et notamment à travers l’établissement d’un cadre de Partenariat Public-Privé (PPP). De nombreux pays africains s’y sont déjà attelés en en faisant un axe essentiel de leur stratégie. Pour Akim Daouda, PDG du Fonds Gabonais d’Investissements Stratégiques, la centrale hydroélectrique de Kinguele, détenue à hauteur de 60% par le fonds Meridiam, spécialiste de l’investissement et la gestion d’actifs dans les infrastructures publiques, et à 40% par l’Etat gabonais, illustre parfaitement le rôle de ces nouveaux PPP. La Guinée, elle aussi, a su en tirer profit dans le domaine de l’énergie en multipliant par dix sa capacité de production d’électricité en dix ans. Toutefois, le Ministre guinéen en charge des Investissements et de Partenariat Public-Privé, Gabriel Curtis, a rappelé que malgré des succès et une volonté forte des gouvernements d’investir dans les infrastructures, leurs capacités d’endettement, indispensable pour financer des projets d’une telle ampleur, sont insuffisantes. “Nous sommes prêts à investir dans les infrastructures. Malheureusement, nous sommes limités par les organisations multilatérales telles que le FMI qui disent que nous ne pouvons avoir que des prêts concessionnels ».

Dans cette configuration, d’autres acteurs doivent entrer en jeu selon Frannie Léautier, CEO de Southbridge Investment : d’une part, les banques nationales, afin d’alléger la dette et, d’autre part, les investisseurs institutionnels se focalisant sur le financement. Un tel jumelage pourrait, selon elle, combler le fossé des infrastructures en Afrique.

 

Pas de digitalisation sans infrastructures

« Nous sommes en plein milieu d’une pandémie mondiale, a rappelé Gyude Moore, ancien minsitre des Travaux publics du Liberia (2014-2018), aujourd’hui Chargé de mission senior au Center for Global Development basé à Washington DC. Tous les acteurs sont passés au digital. Quand vous commandez sur un site, cette commande passe par un port puis transite dans un entrepôt et se retrouve dans un centre de traitement ». Selon lui, ce recours accru à la digitalisation doit alerter sur les besoins croissants en infrastructures en Afrique, sans lesquelles la quatrième révolution industrielle ne pourra se concrétiser.

Si le digital tend à s’étendre à tous les domaines, Frannie Léautier considère que les gouvernements, propriétaires de la majorité des infrastructures, devraient développer des instruments innovants ainsi que des solutions numériques pour libérer de la valeur et utiliser le capital qui en découle pour prendre plus de risques. Toutefois, elle rappelle la nécessité de prendre en compte les exigences environnementales afin de développer des infrastructures résilientes et durables capables de faire face aux risques climatiques.

 

Dépasser les risques

Pour tous ces intervenants, le risque numéro un pour l’investisseur privé dans le domaine des infrastructures en Afrique demeure le risque lié au projet. Selon Alain Ebobissé, PDG de Africa50, dont l’objectif premier est justement de combler le déficit infrastructurel, “l’investissement en Afrique n’est pas plus risqué que dans d’autres parties du monde”.

C’est un constat que partage Lamia Merzouki, Directrice générale adjointe de la Casablanca Finance City Authority (CFCA), dont les membres opèrent dans plus de 50 pays africains. “80% des projets d’infrastructures n’atteignent pas la phase de réalisation. C’est pourquoi le plus grand défi est d’avoir des développeurs qui prennent plus de risques et qui sont autorisés à travailler sur des projets à un stade très précoce”. Pour Akim Daouda, il est également nécessaire de favoriser une meilleure compréhension de l’environnement des affaires en créant une meilleure connexion avec le gouvernement et les fonds souverains.

 

Pour Alain Ebobissé, la marche à suivre est claire : “ Nous devons attirer des fonds mondiaux tout en tirant parti des ressources africaines”. A bon entendeur…

 

Le replay du webinar

 

Assia BENBAHRIA

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