17 Sep 2021 / Article

Financement du commerce : quel plan d'action pour l'Afrique ?

Par Shane Starling

Face à la crise du financement du commerce en Afrique, les participants au deuxième webinaire de l’AFIS ont souligné l’importance de la transition numérique et le poids des contraintes réglementaires.

Selon Afreximbank, l’Afrique connaît une fuite de capitaux (5 milliards de dollars au premier trimestre 2020) qui creuse son déficit de financement du commerce, déjà évalué à 82 milliards de dollars fin 2019. La pandémie est venue perturber les activités trade finance des banques internationales les rendant davantage averses face au risque et les économies émergentes et leurs PME en sont les premières victimes.

Alain Nounke, modérateur du webinaire et Gestionnaire de portefeuille des institutions financières chez IFC Afrique, juge en effet ce déficit « préoccupant » et que face à cette situation, les banques africaines et la nouvelle Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECA) ont un rôle majeur à jouer.


Surmonter l’obstacle technologique

Selon Souleïma Baddi, CEO de Komgo, une plateforme de trade finance basée en Suisse, plusieurs obstacles freinent les entreprises : infrastructures insuffisantes, opérations portuaires inefficaces, exigences administratives excessives, procédures douanières et passage aux frontières complexes.

Mais le plus grand défi reste le retard en matière numérique : seul un quart des banques locales pensent que la transition numérique peut optimiser leurs opérations ; la moitié d’entre elles seulement qu’elles peuvent en tirer des économies. La technologie est jugée trop coûteuse, complexe et risquée. Les cas d’utilisation concrets sont peu nombreux et la valeur ajoutée insuffisante.

« Les marchés fragmentés ont pourtant beaucoup à y gagner, rappelle Souleïma Baddi, surtout en termes d’homogénéité et de cohérence. La banque mobile a par exemple révolutionné l’accès aux services des communautés non-bancarisées. »


Les PME sur le banc de touche

Pour Chinwe Egwim, économiste principale de la Coronation Merchant Bank basée au Nigéria, les PME sont les plus touchées par cette crise du financement du commerce alors qu’elles représentent environ 80 % de toutes les entreprises privées africaines et 50 % du PIB du continent. « Les banques africaines préfèrent généralement les grandes entreprises », regrette-t-elle. « L’accès au trade finance est compliqué pour les PME car elles manquent d’expérience sur les marchés étrangers et n’ont pas encore fait leurs preuves. »

La ZLECA devrait toutefois porter la part du commerce intra-africain de 18 % à 25 % d’ici 2035 grâce à plusieurs mesures : réduction des droits de douane, mécanismes de règlement des différends commerciaux et solutions de financement locales pour mieux accompagner les PME. Pour Nathalie Louat, Directrice trade finance et supply chain finance chez IFC, la ZLECA va révolutionner le commerce en Afrique et augmenter le financement du commerce est sa priorité depuis le premier jour. Elle estime même que les bénéfices induits pourrait sortir 30 millions de personnes de l’extrême pauvreté.

Nathalie Louat juge elle aussi la transition numérique indispensable pour démocratiser le financement du commerce : « La réglementation doit mettre fin à l’obligation de fournir des documents papier. » Chinwe Egwim va plus loin : « L’intelligence artificielle, la blockchain, le cloud et les identités numériques sont autant de solutions pour améliorer l’efficacité opérationnelle et sécuriser les rapports. »


Une réglementation trop sévère ?

Selon Michelle Knowles, Responsable trade finance pour l’Afrique chez Absa Group, les réglementations freinent le financement du commerce. Les exigences anti-blanchiment d’argent et KYC (Know Your Customer) sont coûteuses à mettre en œuvre et rebutent certaines banques. « Les décideurs politiques, les banques, les institutions de financement du développement et les fintechs doivent agir en synergie pour y remédier », estime-t-elle.


Tendre la main aux PME

Les participants au webinaire ont identifié plusieurs secteurs porteurs pour les banques. Blandine Gamblin, Responsable trade finance pour l’Afrique à la Société Générale, cite par exemple l’agroalimentaire, les énergies renouvelables et les projets d’infrastructure. Elle souligne les convergences étroites entre la banque française et la ZLECA, qui permet de couvrir 30 pays au total. La banque a créé des centres dédiés aux PME qui proposent des business plans, des assurances et d’autres services dans des pays comme le Bénin, le Burkina Faso, le Cameroun, le Sénégal et Madagascar.

Pour Souleymane Diagne, Directeur groupe trade finance chez Ecobank, les banques panafricaines ont un rôle essentiel à jouer pour offrir aux clients des paiements transfrontaliers faciles, efficaces et évolutifs à un tarif abordable. Elles peuvent apporter aux PME leur expérience de la relation client et proposer de part et d’autre les bons produits. Les banques panafricaines peuvent aussi faire la différence en finançant des projets d’infrastructures publiques, comme les routes et les aéroports.

Pour en savoir plus, regardez le replay du webinaire « Financement du commerce : combler le fossé à l’heure de la ZLECA » ci-dessous.

Financement du commerce en Afrique : 5 chiffres clés

  • Déficit de financement du commerce au 1er trimestre 2020 : 87 milliards de dollars.
  • 80 % des entreprises privées africaines sont des PME.
  • Le commerce intra-africain ne représente que 18 % du commerce total en Afrique.
  • Avec ses initiatives, la ZLECA devrait porter la part du commerce intra-africain à 25 % d’ici 2035 et faire sortir 30 millions d’Africains de l’extrême pauvreté.
  • PIB combiné des 55 membres de l’Union Africaine : 3 milliards de dollars.
    [Sources : Afreximbank et les participants au webinaire]

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