25 Juin 2019 / Article

Financement du secteur privé : Il faut passer de la méfiance à la confiance

“Alors que depuis 2007, les flux financiers ont observé une croissance d’1% maximum, l’activité des DFI [Institutions financières de développement] a explosé : le capital a doublé et les investissements en la matière ont augmenté de 7%”. Pour Yana Kakar, associée gérante Monde de Dalberg Advisors, les DFI ont le vent en poupe. “Elles investissent dans des startups, dans des secteurs nouveaux tels que l’énergie solaire, et dans le digital banking pour répondre précisément aux défis de développement de chaque pays”, ajoute Ambroise Fayolle, le vice-président de la Banque européenne d’investissement, intervenant lors d’un panel du AFRICA CEO FORUM 2019.

Dans les investissements effectués, il faut toujours être sûr de l’existence d’un transfert de technologie.

A la tête de l’Arab Bank for Economic Development in Africa (BADEA), Sidi Ould Tah explique que les DFI peuvent développer des produits spécifiques pour des petites entreprises qui ne peuvent pas faire appel à des banques commerciales classiques et qui sont en même temps trop grandes pour avoir accès au microbanking. Ces entreprises sont nombreuses dans les zones en pleine croissance économique, notamment en Afrique. Peter Van Mierlo, le P-dg du DFI néerlandais FMO, ajoute : “il faut que le secteur des DFI comprennent bien les opportunités énormes que le continent offre, et qu’il faut investir dès maintenant. Dans les investissements effectués, il faut toujours être sûr de l’existence d’un transfert de technologie et que cette technologie permet d’améliorer l’efficacité du secteur visé par l’investissement”.

Selon Yana Kakar, de nombreux efforts restent à faire, aussi bien du côté des institutions financières que du secteur privé pour que les investissements opérés soient plus efficaces. Parmi les reproches classiquement adressés aux DFI : des délais de traitement trop long, allant de 6 mois à plus d’un an, qui décourageraient le secteur privé. À ce sujet, Sérgio Pimenta, le Vice-Président Moyen-Orient et Afrique de l’IFC explique qu’au sein de son institution, le pouvoir de décision a été décentralisé afin d’améliorer les processus. Aussi, lors de la signature d’un contrat de transaction, les deux parties se mettent désormais d’accord à l’avance sur les délais à respecter pour éviter l’allongement des échéances. Au FMO, on dit travailler sur la transparence du fonctionnement.

Les banques de développement ont des contraintes au niveau social, environnemental mais aussi en terme de sélection des projets qui ralentissent la vitesse du processus de décision.

Selon Pierre Guislain, le vice-président pour le Secteur privé de la Banque africaine de développement (BAD) la lenteur observée dans les processus de décision des DFI n’est pas anodine. Elle découle selon lui d’exigences majeures : “les banques de développement ont des contraintes similaires au niveau social, environnemental mais aussi en terme de sélection des projets qui ralentissent la vitesse du processus par rapport à d’autres fonds d’investissements qui n’ont pas à faire face à cela et qui peuvent traiter une demande en 6 semaines.” Il précise que ce processus permet que les projets entrepris aient un “impact significatif sur les gens et sur l’environnement”.

Alors que les sommes prêtes à investir par les DFI dans le secteur privé sont de plus en plus importantes, l’enjeu principal est de construire ou reconstruire la confiance entre les deux parties. Une confiance qui dépend de la transparence, de la bonne circulation de l’information mais surtout d’un jeu de répétition.

 

Cliquez ici pour retrouver la présentation de Yana Kakar

 

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