15 Juil 2019 / Article

Healthtech : « Malgré toutes les innovations, l’évolution est encore trop lente »

L’amélioration des systèmes de santé constitue l’une des priorités du continent. L’Afrique compte en effet seulement 2 % des médecins de la planète, alors qu’elle porte à elle seule 25% de la charge mondiale en termes de maladies et abrite 17% de la population mondiale. « Au cours des dernières décennies, nous constatons un certain nombre de progrès dans le secteur : le taux de mortalité a baissé de 37% en Afrique de 2000 à 2015, souligne Mathieu Lamiaux, Associé Principal et Directeur général au Boston Consulting Group. L’avenir de la santé en Afrique dépend aujourd’hui d’une nouvelle approche qui doit être innovante, souple et flexible. »

Volonté d’innover

En Afrique, l’innovation explose dans le domaine de la santé, avec un nombre croissante de med tech. Comme Zipline, société américaine, qui développe son système de livraison de poches de sang par drone au Rwanda ; la Kenyane Toto Health qui utilise la technologie mobile afin de lutter contre la mortalité maternelle et infantile en détectant les anomalies du développement à un stade précoce ; la startup britannique ; Babyl, qui se déploie au Rwanda à travers son application mobile de consultation médicale ; ou Incitech (Afrique du Sud), qui se spécialise dans la conception et la création de technologies de diagnostic rapide innovantes faciles à utiliser. La volonté de « proposer une valeur différente au patient stimule la volonté de changement et d’innovation », explique Amir Barsoum, fondateur et CEO de Vezeeta.com, principale plate-forme de soins de santé en ligne pour le programme de réservation des médecins et de gestion des cliniques au Moyen-Orient et en Afrique du Nord.

Solutions ciblées

Les nouvelles technologies de l’information et de la communication permettent bien souvent de développer des solutions ciblées et adaptées aux contextes africains. Marie-Ange Saraka-Yao, Directrice générale chez GAVI, l’alliance du Vaccin explique que « le principal souci que nous rencontrons réside dans la livraison des vaccins dans les zones reculées, celles qui sont les plus difficiles à atteindre. Nous sommes persuadés que les nouvelles technologies ont un rôle clé à jouer. Nous pensons que l’innovation est la solution en terme de données et de logistique et qu’elle permettra d’apporter une meilleure réponse aux épidémies. » Pour Farid Fezoua, trois acteurs centraux de la santé ont un immense besoin de nouvelles technologies : « Le digital est devenu indispensable pour les médecins, qui ont besoin de données fiables dans leur prise de décision ; les patients, qui détiennent leurs propres résultats, ce qui leur permet de rencontrer plusieurs médecins afin de disposer de plusieurs diagnostics; et l’industrie qui permet d’assurer services et maintenance », décrypte le Président-directeur général de GE Africa.

Le secteur public devrait être chargé de créer un environnement propice à l’épanouissement de l’innovation.


Architecte public

« Malgré toutes ces innovations, l’évolution est encore trop lente, pondère Mathieu Lamiaux. L’innovation est cruciale mais nous devons nous assurer que l’écosystème dans lequel nous évoluons nous permette de les utiliser à bon escient. Le secteur public a également un rôle à jouer ».

« Le secteur public est l’architecte de la santé en Afrique, le secteur privé en est son Conseiller » déclare Michael Macharia, fondateur et CEO de la société kenyane Seven Seas Technologies, qui fournit des solutions commerciales et technologiques intégrées. Le domaine de la santé est un bien semi-public : le secteur public fournit le cadre dans lequel les soins de santé sont dispensés mais c’est le secteur privé qui assure la prestation de services. » Dr Amit Thakker, Président de l’Africa Healthcare Foundation, ajoute : « l’innovation devrait être menée par le secteur privé tandis que le secteur public devrait être chargé de créer un environnement propice à l’épanouissement de l’innovation. »

L’éducation et la santé sont également deux éléments indissociables en matière de développement, estiment les différents intervenants du AFRICA CEO FORUM 2019 à Kigali. Selon Mathieu Lamiaux, « l’éducation, notamment via les formations en ligne, est un élément incontournable d’amélioration du système de santé en Afrique ». Pour Michael Macharia, « la santé digitale doit être inclue dans les programmes d’étude à l’université ».

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