22 Avr 2020 / Article

« Influencer plutôt que subir »

Nommé CEO de la Mauritius Commercial Bank, plus grande banque privée de l’île, en avril 2017, Alain Law Min travaille dans le même établissement financier depuis vingt-cinq ans. Tour à tour chef de projet du Business Process Reengineering, puis responsable de la division retail de la MCB, le Mauricien se livre sur les enjeux de son quotidien de CEO et nous détaille aussi tout ce que la crise sanitaire actuelle a occasionné comme changement dans sa façon de fonctionner.

 

L’organisation : le coup de feu de 5 heures 

Je suis quelqu’un de très matinal. Mon réveil sonne à 5 heures et j’ai un rite auquel je ne déroge jamais : lire les informations sur les sites de CNN, BBC ou Bloomberg pour comprendre ce qu’il se passe à travers le monde. Ensuite, je pars travailler vers 7 heures. L’un des avantages de se lever tôt, c’est d’éviter les embouteillages, très important à Maurice ! À mon bureau, le journal local m’attend pour lire les informations économiques de l’île. C’est un moment calme que j’apprécie. A 8 heures, il n’y a pas encore beaucoup de monde à la banque et c’est généralement l’heure à laquelle j’échange avec mon assistante sur le programme de la journée et l’agenda des semaines à venir. 

Depuis que je suis CEO, je participe à beaucoup plus de réunions qu’auparavant. Une contrainte que j’essaye de ne pas trop subir. C’est un des défis de la fonction : influencer plutôt que subir. C’est pourquoi je détermine en amont les priorités de chaque réunion afin de les rendre véritablement efficaces. Bien sûr, il faut aussi savoir accepter de ne pas avoir la main sur tout et que la longueur de certaines réunions est incompressible.

 

La clé : le contact pour comprendre 

En dehors des réunions, j’estime que ma mission première est d’entrer en contact direct avec les autres CEO des entreprises de Maurice. J’essaye de les rencontrer chacun au moins une fois par an, grands groupes comme petites et moyennes entreprises. C’est déterminant d’être proche d’eux pour savoir ce qu’ils attendent et quels sont leurs besoins. C’est vital de maintenir ce dialogue pour MCB, qui représente à elle seule environ la moitié du marché bancaire mauricien. 

 

Son profil : ouverture et respect des salariés

Je fais tout pour aller le plus possible sur le terrain, et maintenir le lien avec tous les départements et les agences de la banque. En tant que CEO, on est tellement sollicité qu’il peut y avoir une tendance à ne pas sortir. Or c’est fondamental pour prendre le pouls de la banque, comprendre les contraintes, ce qui motive les employés. A mon niveau, c’est très enrichissant d’avoir ces feedbacks pour m’améliorer. 

D’ailleurs, dans mon agenda, il y a toujours du temps de prévu pour qu’ait lieu ce type de rencontres avec les clients, les collègues… C’est nécessaire aussi parce que ça permet d’anticiper des problèmes.

Depuis que je suis CEO, je ne réponds plus aux courriels tard le soir ou pendant le week-end. Ce n’était bon ni pour moi ni pour mes interlocuteurs. Le temps passé en famille doit être respecté. C’est comme cela que nous pourrons avoir une organisation durable. 

 

Vie privée-vie familiale : le dîner est sacré 

Au moment de ma nomination, le président du Conseil d’administration avait dit à mon épouse que, très vite, elle n’allait plus me voir à la maison (rires). Certes, je rentre un peu plus tard qu’avant, 19h30 environ, mais nous trouvons toujours le temps de dîner en famille. C’était déjà le cas quand tous mes enfants étaient à la maison. Durant le dîner, qui dure jusqu’à 21 heures, nous ne parlons surtout pas du travail. C’est un temps où nous nous focalisons sur les enfants – dont deux étudient aujourd’hui à l’étranger –, sur la planification des congés, les occupations du week-end à venir. Je crois que ça a été très bénéfique pour moi d’avoir pu maintenir ce rythme. Et quand j’ai le temps, je cuisine. 

 

L’évolution identifiée : mettre l’humain au centre des préoccupations

La prise en compte de l’impact de nos actions est une tendance forte du business à l’heure actuelle : sur les personnes, la société, les communautés et, forcément, l’économie. Il faut minimiser les impacts négatifs et multiplier les impacts positifs. La banque est profitable, et nous faisons en sorte de mener à bien nos plans stratégiques pour l’avenir, mais nos succès nous confèrent aussi une forme de responsabilité, en tant que citoyen. Nous devons placer l’humain, c’est-à-dire nos clients et nos employés, au centre de nos préoccupations. Et nous en avons les moyens.  

 

Covid-19 : ce qui a changé

La situation présente de confinement m’a poussé à adopter une façon différente de travailler. Depuis quelques semaines, mes journées se déroulent principalement à la maison. Mes responsabilités de président de la Mauritius Bankers’ Association (MBA – l’association regroupant la majorité des banques du pays) et à la MCB font que je me retrouve à participer à de nombreuses discussions, concernant les plans mis en place par l’Etat afin de venir en aide aux entreprises et aux particuliers. Ce plan d’assistance nécessite ma participation à des réunions régulières avec la Banque de Maurice et les représentants de l’Etat par visioconférence. Bien entendu, à la MCB, je participe tous les jours à la réunion de notre comité de crise, qui a pour but de passer en revue nos activités et de trouver des solutions aux problèmes et la mise en application des solutions. 

Sur le plan de l’efficacité, à la maison, je suis plus concentré et j’avance plus vite, mais le capital humain, rencontrer les collègues, fait grandement défaut.  J’ai pu cependant effectuer plusieurs visites depuis le début du confinement, ce qui m’a permis de constater de visu dans quelles conditions nos équipes travaillent et de les motiver.  Par ailleurs, je reste en contact régulier avec les membres du Leadership Team et certains collègues afin d’assurer la coordination et le bon fonctionnement des activités. Il est aussi bon de savoir que nous possédons un réseau social d’entreprise très dynamique, Workplace, qui permet à tous nos employés d’être connectés à tout ce qui se passe au niveau de la MCB. 

Concernant les nouvelles dispositions vis-à-vis des employés, un mois avant le début de la pandémie à Madagascar, nous avions déjà mis en place un plan d’action. Cela nous a permis de réagir promptement en passant de l’alerte 1 à 4 (la maximale) en l’espace de 48 heures. En fonction de ce plan, la majeure partie de nos équipes travaillent depuis leur domicile et un nombre très réduit de nos collègues, moins de 10%, sont en agences ou dans des bureaux, afin d’assurer que le service se poursuive. Nous avons aussi pris toutes les dispositions afin que ceux qui travaillent sur place soient pourvus de masques et de solutions hydro-alcooliques, tout en s’assurant que les consignes les plus strictes de distanciation sociale soient respectés. Nous nous assurons également que les bureaux et agences soient nettoyés tous les jours. De plus, pour ceux qui doivent travailler dans les bureaux, nous nous assurons qu’ils reçoivent un panier de vivres contenant des denrées non-périssables. 

 

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