23 Juil 2019 / Article

Intégration économique : les marchés régionaux, avenir de l’agrobusiness africain ?

“L’agriculture offre de très grandes opportunités en matière de commerce intra-africain, mais les résultats dans le domaine sont très mauvais.” Selon Agnès Kalibata, la présidente de l’Agra (Alliance for a Green Revolution in Africa), si certains pays ont fait des efforts en terme d’environnement des affaires pour faciliter les échanges et les investissements dans l’agriculture, une majorité de pays reste à la traîne. Résultat : dans le domaine agricole, l’Afrique importe énormément (+500% entre 1990 et 2015), ce qui pèse lourdement sur les balances commerciales et provoque une perte d’emplois majeure sur le continent alors que dans le même temps, 1,7 million de jeunes diplômés arrivent sur le marché du travail chaque année. La diminution des importations pourrait sortir des centaines de millions de personnes de la pauvreté grâce à un commerce intrarégional plus intelligent : “Il n’ s’agit pas seulement de commercer, mais de commercer intelligemment”, affirme la présidente de l’AGRA.

 

Participant à la même session du AFRICA CEO FORUM, à Kigali, Vimal Shah, président de Bidco Africa, s’étonne ainsi que l’Afrique de l’Est importe 2,5 millions de tonnes de blé – et 4 millions de tonnes dans un futur proche – mais n’en produise pas. Selon lui, il faut dès aujourd’hui établir qui pourrait produire du blé en Afrique de l’Est, et comment faciliter ensuite les échanges avec les pays voisins. Avec la pression démographique et l’élévation du niveau de vie, la problématique ne fera que se renforcer : la demande de produits agricoles devrait progresser de 129% entre 2015 et 2025 selon les chiffres diffusés par l’Agra. 

Pour doper les échanges agricoles intra-africains, la baisse des barrières tarifaires est l’un des principaux enjeux. Pour Vimal Shah, si l’Afrique de l’Est à travers la EAC (East African Community) se positionne déjà en “role model” dans le domaine, le sujet est plus global et touche à la compétitivité de l’Afrique par rapport à d’autres grands producteurs agricoles tels que la Chine, l’Inde ou le Vietnam qui “produisent à notre place”. Marc Roussel, vice-président Senior Afrique des Bureau Veritas, préconise de son côté la mise en place des normes communes à tous, sur le modèle européen. “Les pays africains travaillent chacun avec leurs propres standards”, estime-t-il. “La plupart du temps, il est difficile d’échanger des produits entre les pays, souvent à cause de tous petits détails. Ce travail d’homogénéisation des normes doit être mené par les gouvernements en collaboration avec le secteur privé.” 

L’innovation dans les méthodes de production et de commerce paraît indispensable pour accroître la compétitivité des pays africains.  Sylvain Gotta, directeur général de Sipra, leader ivoirien de l’aviculture, soutient qu’il faudrait davantage de gros opérateurs en terme de production et de logistique sur le continent. Seuls eux sont capables de faire des économies d’échelles et d’être par conséquent plus performants que des petits opérateurs confrontés à des coûts conséquents : “Nous avons trop peu d’opérateurs régionaux sur le continent, et trop d’opérateur locaux, ce qui nuit fortement à la compétitivité”, explique-t-il.

La logistique reste à coup sûr un élément clé dans le développement du commerce agricole intra-africain. Joshua Rugema, Directeur pays Rwanda et Responsable Afrique de l’Est chez East Africa Exchange, le répète : il est impératif de mieux relier les fermiers, les producteurs et les distributeurs afin de garantir la qualité et le juste prix des produits à toutes les parties prenantes du secteur.

 

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