18 Fév 2020 / Article

« Je prends des risques dans le choix de mes équipes »

Paul-Harry Aithnard, 45 ans, dirige, depuis fin 2018, la filiale ivoirienne du groupe Ecobank (bilan cumulé de 8,4 Mds d’euros en 2018), présent dans 36 pays sur le continent. Également directeur exécutif de la zone UEMOA, le Togolais travaille chez Ecobank depuis 2008. Il lève le voile sur son quotidien chargé de CEO. 

 

L’organisation : chaque semaine entre Abidjan et des voyages à l’étranger

« Mon emploi du temps s’organise entre deux grands pôles. Le premier à Abidjan, trois jours par semaine, et l’autre durant lequel je voyage dans les huit pays que je couvre en tant que responsable régional de la zone UEMOA. Lorsque je suis à Abidjan, mes journées commencent assez tôt. Je me lève à 6 heures, puis je vais à la salle de sport, où je reste une heure quinze. J’arrive au bureau aux alentours de 8 h 30, contre 7 h 30 si je ne vais pas à la salle. 

La journée du lundi est souvent très chargée. Elle est structurée autour de réunions avec mon assistante, les différents comités de direction, les différents comités exécutifs. La suite de la semaine est consacrée à 60 % à des échanges avec les clients et les équipes, et à 40 % à de la réflexion sur des sujets d’ordre technique et professionnel. Mon autre pôle occupe la fin de la semaine avec des voyages à Paris, Londres, Dakar et Bamako. Ce sont aussi des journées très chargées, avec des visites de clients en compagnie des équipes locales, dans le secteur public comme privé. 

Globalement, mes journées de travail durent entre dix et douze heures. Elles se terminent généralement vers 20 heures par un dîner en famille quand je suis à Abidjan. Je ne pense pas que je m’endorme avant 22 ou 23 heures. »  

 

La clé : des réunions d’une heure 

« La clé, c’est de bien organiser ses journées. Si vous voyiez mon agenda, vous diriez que c’est militaire ! De 9 heures à 9 h 30, j’ai un engagement, puis un autre de 9 h 30 à 10 heures. Tout cela est très précis. De même, si on a prévu une réunion d’une heure, elle dure vraiment une heure, pas plus. Selon moi, si elle se prolonge, c’est qu’on est davantage dans une discussion que dans une volonté réelle de régler un problème. Il est extrêmement important que chaque réunion ait un objectif clair. C’est-à-dire que lorsqu’il y a un problème à régler, on expose les options qui sont sur la table, et, à la fin, une décision est prise. Les réunions exclusivement administratives, j’essaie d’éviter. » 

 

Son profil : un manager qui consulte beaucoup 

« J’ai beaucoup évolué depuis que j’ai pris mes fonctions de CEO d’Ecobank en Côte d’Ivoire, fin 2018. D’un management individuel, je suis passé à un management collectif et inclusif à travers lequel je délègue beaucoup plus. Un problème est résolu non pas par une personne mais par une multitude de cerveaux enfermés dans une salle. Quand vous regardez chaque jour mon agenda, tous les sujets sont débattus soit avec mon comité de direction, soit avec les deux ou trois personnes concernées. Aussi, je passe beaucoup d’appels pour consulter, tout en n’hésitant pas à promouvoir des talents. Je prends beaucoup de risques dans le choix de mes équipes. Je n’ai aucun problème à faire confiance à un jeune qui a démontré une bonne capacité à travailler. » 

 

Vie privée-vie professionnelle : respecter les espaces 

« La première année, j’ai fait le pari que je sacrifierai une bonne partie de ma vie personnelle pour me consacrer pleinement à mon travail. J’ai pris la suite d’un manager qui a fait un excellent travail pendant douze ans, Charles Daboiko, et je me suis donc mis la pression. Je pense que cela va durer encore une année, et qu’ensuite les choses vont se stabiliser. J’ai essayé d’identifier des espaces de temps pour partager ma vie professionnelle et ma vie privée. Par exemple, quand je rentre à la maison, je ne travaille pas. Donc je fais en sorte de finir ce qui doit l’être au bureau. Si je rentre à 20 ou 21 heures, j’essaye de passer une à deux heures avec ma famille. De même, les week-ends, j’essaye de ne pas travailler à la maison. Si j’y suis contraint, je vais au bureau et j’y consacre quelques heures. Dans une période chargée, c’est à ce genre de discipline que je m’astreins. Pendant le week-end, ça passe par des moments de détente et la pratique de sports qui me permettent de passer du temps avec des amis. »

 

L’évolution identifiée : déléguer et former 

« Durant la première année, j’ai passé beaucoup de temps sur des sujets d’ordre opérationnel afin de bien comprendre tout le fonctionnement. À l’avenir, j’aimerais parvenir à prendre davantage de recul et me concentrer sur les sujets d’ordre technologique, et donc laisser mes équipes gérer les sujets opérationnels. La gestion des hommes m’intéresse aussi beaucoup et j’aimerais consacrer du temps aux jeunes qui ont du potentiel afin de les aider à se développer. »

 

A consulter aussi

02 Juil 2020 / Article

Sita : une dynastie dans la noix de cajou ?

27 Mai 2020 / Article

« La crise n’a pas impacté notre productivité »

09 Déc 2019 / Interview

Capitalisme et bien commun : pourquoi ce thème nous paraît essentiel