27 Mai 2020 / Article

« La crise n’a pas impacté notre productivité »

Une journée avec… Ludovic M’Bahia Blé

 

Directeur général de la filiale ivoirienne de la Louis-Dreyfus Company depuis trois ans, le Franco-Ivoirien Ludovic M’Bahia Blé, 37 ans, travaille depuis une dizaine d’années au sein du groupe international spécialisé dans le négoce et présent dans neuf pays africains (382 employés). Ancien trader de riz à Johannesburg, il dévoile ici le quotidien de son poste en Côte d’Ivoire, et les chamboulements provoqués par la crise du Covid-19.

 

Organisation : le matin, les tâches importantes

Dans le domaine du négoce de matières alimentaires et agricoles, il est nécessaire d’être connecté assez tôt aux marchés, sur les différents continents. À Abidjan, où je vis, ma journée-type démarre entre 7h30 et 7h45, après avoir déposé mon fils à l’école à 7h15. La première étape, c’est de passer en revue les marchés internationaux, notamment asiatiques. Ensuite, je fais un point avec mes équipes sur nos positions, les stocks, les commandes en cours et les approvisionnements. La journée se poursuit avec des réunions, très souvent en visioconférence. Nous échangeons beaucoup avec nos équipes en Suisse et à Singapour. C’est comme ça jusqu’au déjeuner, vers 12h30, qui dure environ une heure que ce soit un déjeuner d’affaires ou non. L’après-midi, quand la concentration peut être moins intense, je me consacre plutôt aux tâches administratives et aux validations en interne, c’est-à-dire les signatures, les paiements, les approbations… Pour les choses importantes, qui nécessitent plus d’attention, comme par exemple du rédactionnel, le matin me convient davantage, et j’y consacre généralement les deux premières heures de la journée. 

J’essaie d’aller au moins une fois par semaine dans nos entrepôts pour visiter les stocks et rencontrer les équipes. Soit le mercredi, soit le vendredi. Quand on reçoit des chargements par bateaux, je me déplace au port pour m’assurer que tout se passe bien. J’effectue aussi beaucoup de déplacements dans la sous-région pour rencontrer les clients et les fournisseurs.

 

La clé : créer une véritable relation commerciale

Il y a deux types de réunion : interne et externe. Les réunions internes se déroulent souvent par visioconférence, et, dans ce cas, le nombre de participants conviés est très important. Au-delà de cinq ou six personnes, elles deviennent rapidement confuses et trop d’intervenants restent passifs. Donc, pas de valeur ajoutée. L’autre aspect, c’est la maîtrise du temps. Il n’est pas possible d’avoir des réunions qui durent deux ou trois heures. Si, à l’issue d’une heure de réunion, il n’y a pas de résultat tangible, c’est que les personnes n’étaient pas prêtes à échanger sur le thème prévu et qu’il vaut mieux passer à autre chose ou planifier une nouvelle réunion.

En ce qui concerne les réunions externes, je suis partisan du face-à-face, d’où le niveau élevé de déplacements. Nous sommes dans une activité où il est important de réellement rencontrer les gens, les fournisseurs. Il est essentiel de construire une véritable relation commerciale. Les réunions avec la clientèle s’effectuent donc en direct, même pour les clients très proches, ceux avec qui l’on travaille depuis des années et avec qui nous avons des échanges réguliers par téléphone. Evidemment, depuis trois mois, la crise sanitaire impacte profondément cette manière de travailler (voir plus loin, NDLR).

 

Management : une proximité indispensable

J’ai un style de management qui correspond à la culture de l’entreprise, c’est-à-dire proche du terrain et des équipes. Dans notre métier, il est fondamental d’être sur le terrain pour recueillir les bonnes informations et prendre les bonnes décisions, pour que les équipes vous rencontrent et pour qu’elles sentent qu’il y a un certain contrôle. Ce n’est pas un style de management qui survole les sujets. Il faut être présent dans le détail et rencontrer les clients afin de sentir le marché. 

 

Vie privée : faire du sport pour déconnecter 

Le sport permet de libérer l’esprit. Je cours et je fais de la boxe plusieurs fois par semaine. Cela me permet de me défouler. Dès que j’arrête, ça impacte immédiatement mon bien-être. 

D’un point de vue familial, ma règle d’or est de ne pas travailler et de ne pas voyager les week-ends. Le vol du dimanche midi ou le retour de voyage d’affaires le samedi matin, c’est fini. Cela empiétait trop sur ma vie familiale. Le soir, j’essaie de limiter l’usage du téléphone professionnel. Mais entre les e-mails, les groupes WhatsApp…, il se passe toujours quelque chose.

 

Covid-19 : des conséquences à long terme

En Côte d’Ivoire, nous n’avons jamais été en situation de confinement total. Mais à partir du moment où les mesures se sont renforcées, au début d’avril, nous nous sommes mis en télétravail bien que ça n’est pas été obligatoire. C’était une politique du groupe, comme l’interdiction de voyager, qui est intervenue un peu avant. Une rotation a été instaurée la première semaine avec des équipes qui venaient au bureau un jour sur deux. Les personnes à risque ont été incitées au télétravail. Les équipes dans les entrepôts ont été maintenues, sauf pour les personnes identifiées à risque. Puis les restrictions mises en place par le gouvernement se sont renforcées, avec un couvre-feu et le confinement d’Abidjan. Tout le personnel de bureau a été mis en télétravail, et le personnel en entrepôt réduit au minimum. 

Note responsable informatique s’est montré efficace et a pu mettre en place tous les outils nécessaires pour pouvoir poursuivre le travail. Au bout de deux semaines, nous avions pris un rythme de croisière assez efficace, avec une productivité maintenue. Les journées se sont révélées assez longues avec toutes les équipes en télétravail et les décalages horaires. La visioconférence n’a pas été une découverte puisqu’elle constituait déjà près de la moitié de nos réunions. Mais avec 90% de réunions en visioconférence, l’inconvénient est qu’à la fin de la journée on perd fortement en capacité de concentration.

D’une façon générale, cette période a vraiment changé notre manière de travailler. Je n’aurais jamais cru pouvoir être aussi efficace sans voyager. Finalement, il y a des choses que l’on peut gérer à distance, en responsabilisant ses équipes. Une réflexion collective sera probablement engagée sur ce point et pourrait avoir des conséquences à long terme au sein du groupe.

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