05 Mai 2020 / Article

LADOL : étoile montante de la logistique nigériane

Dirigé depuis 2009 par l’ambitieuse fille de son fondateur, Amy Jadesimi, le “village industriel” de LADOL (coût total de 450 millions d’euros), plateforme logistique intégrée à destination de l’industrie des hydrocarbures, est en passe d’exporter son modèle ailleurs au Nigeria et en Afrique de l’Est.

Au siège de LADOL (Lagos Deep Offshore Logistics base), dans le quartier huppé d’Ikoyi, Amy Jadesimi, 43 ans, affiche une assurance à toute épreuve. Sans doute son parcours atypique y est-il pour quelque chose. Grande, longiligne et volontiers souriante, la fille aînée du fondateur du groupe de logistique nigérian n’aime pas la facilité. Native de Lagos, cette petite fille d’un ancien ministre des Finances du Nigeria (Festus Okotie-Eboh) ne se voyait probablement pas prendre si jeune la succession de son père. Avant d’entreprendre des études plus en rapport avec l’activité familiale (MBA à l’Université de Stanford, États-Unis), Amy Jadesimi avait en effet obtenu un diplôme de médecine à l’université d’Oxford. Aujourd’hui directrice générale d’une zone franche clé de l’industrie pétrolière nigériane, elle a gardé de ce premier diplôme le titre respecté de “docteur” et un accent britannique qui sied à merveille à son élégance naturelle. C’est à son retour au Nigeria, en 2004, après un passage à la banque d’investissement Goldman Sachs, qu’elle choisit finalement de s’engager au sein de LADOL pour participer à la construction de l’Afrique de demain. Un engagement que le continent lui rend bien puisqu’elle apparaît régulièrement dans les classements des jeunes entrepreneurs qui comptent.

“Des Africains qui construisent l’Afrique par eux-mêmes.” C’est ainsi qu’elle décrit sa vision de l’avenir du continent et de son entreprise. Et ce ne sont pas que des mots. Le projet LADOL a été entièrement financé sur fonds privés, majoritairement nigérians, à hauteur de 450 millions d’euros. Et c’est aujourd’hui, selon ses dires, “la plus grande zone intégrée d’Afrique de l’Ouest”. Cette installation industrielle de logistique et d’ingénierie est située sur le port d’Apapa, sur une zone franche de 100 hectares. Elle comprend des entrepôts, un héliport, des quais pour bateaux, des réservoirs de carburant et même des hôtels. Principalement active dans les secteurs pétrolier et gazier, elle offre des services logistiques tels que de la manutention de fret et du stockage de matériaux. Tout n’a, pourtant, pas été simple pour l’entreprise, qui réalise aujourd’hui un chiffre d’affaires supérieur à 50 millions d’euros. Il lui aura en effet fallu près d’une dizaine d’années pour “sortir de terre” ce projet pharaonique. De ce “parcours difficile”, Amy Jadesimi tire volontiers une certaine “fierté”. 

Lorsqu’elle prend la direction générale du family business, en 2009, l’entreprise perd beaucoup d’argent. Tous les revenus générés sont alors réinvestis dans la base logistique pour la construction d’infrastructures. Dans cette période compliquée, la famille a pu compter sur ses partenaires, qui lui ont permis de surmonter ses difficultés. Parmi eux, la Guaranty Trust Bank, basé sur l’île Victoria, juste en face d’Apapa, auprès de qui le groupe a pu lever de la dette. La famille travaille également avec un autre acteur du secteur bancaire : The Bank of Industry, plus grande institution financière de développement du Nigeria. Celle-ci est même actionnaire de l’entreprise. Entourée de partenaires uniquement nigérians, le groupe est également soutenu par le NCDMB (Nigeria Content Development and Monitoring Board), dont la mission est l’implantation d’acteurs locaux dans l’industrie nigériane du Oil & Gas. Le comité leur facilite l’obtention de fonds auprès des pouvoirs publics dans le cadre de son “Project100”, qui vise à fournir un soutien institutionnel à 100 acteurs locaux du secteur des hydrocarbures. Des soutiens qui se révèlent précieux dans un secteur où historiquement les acteurs étrangers sont dominants. 

À l’instar des groupes familiaux Loukil et Chandaria (cf. nos articles précédents), LADOL est le fruit de plusieurs générations d’entrepreneurs. Le père d’Amy, Oladipo Jadesimi, est d’ailleurs toujours très engagé dans la vie du groupe. S’il a laissé la direction des opérations à sa fille, il en est toujours le président du conseil d’administration. C’est lui qui, en 2001, à une époque où les acteurs nigérians étaient rares dans le secteur pétrolier, fonde l’entreprise. Il avait alors saisi l’occasion qui s’était présentée à lui d’obtenir la concession d’une zone franche à Apapa. Sa fille, qui le rejoint trois ans plus tard, grimpe un à un les échelons jusqu’à devenir directrice générale adjointe, puis directrice générale, en 2009. Amatrice de défis, elle s’estime “chanceuse de participer au développement de l’économie de [son] pays en s’appuyant sur une équipe loyale et compétente”. 

Pour la famille, une gouvernance forte est une condition sine qua non de la réussite de l’entreprise. Cela passe concrètement par la mise en place de certifications ISO et le suivi des Objectifs du développement durable des Nations Unies comme cadre de développement. Cette structuration se retrouve dans la formation du conseil d’administration avec la présence de membres extérieurs à la famille aussi bien dans l’actionnariat que dans le conseil. C’est celui-ci qui décide de la stratégie du groupe et l’influence fortement. Aujourd’hui, LADOL prend de plus en plus la forme d’un conglomérat développé en infrastructure facility

“Le plus important, c’est la continuité du business”, confesse Amy. Ainsi, elle dit envisager que LADOL puisse ne pas demeurer un family business et que, par conséquent, son directeur général puisse ne pas être un membre de la famille. Cependant, d’autres signes indiquent le contraire. Par exemple, ses deux jeunes frères, Ladi et Jide, sont eux impliqués au sein du groupe à des postes stratégiques, en tant que directeurs exécutifs. S’ils parviennent au plus haut poste du groupe, assure toutefois la directrice générale, “cela sera sur la base de leurs compétences” : “Le plan de succession est lié au groupe et non à la famille. Le successeur ne sera pas forcément l’un des enfants du fondateur.” Pour elle, LADOL est une entreprise comme les autres. Peu de Nigérians connaissent d’ailleurs le caractère familial de cette zone industrielle. 

Cette gouvernance servira, elle l’espère, les ambitions continentales du groupe. La famille souhaite en effet répliquer son modèle de zone franche au Nigeria (deux projets sont en cours pour lesquels elle n’a pas souhaité divulguer le lieu) puis s’étendre à d’autres régions du continent, notamment la Corne de l’Afrique. Amy Jadesimi travaille ainsi actuellement avec Partnering for Green Growth sur deux projets de zones franches, en Éthiopie et au Kenya. En effet, bien qu’actrice du secteur des hydrocarbures, elle a conscience que le pétrole et le gaz ne représentent plus l’avenir du secteur énergétique. Une certitude renforcée par l’effondrement des cours du bruts dû à la crise sanitaire mondiale actuelle. Amy Jadesimi souhaite depuis longtemps faire de LADOL “un modèle d’entreprise durable sur le continent” et offrir un modèle à même d’être reproduit dans d’autres pays. C’est dans cet esprit que le groupe investit énormément dans la R&D. 

Mais l’obsession d’Amy reste de participer au développement de son pays. LADOL a ainsi de grandes ambitions dans le domaine de la formation, comme par exemple celui d’une académie interne avec comme objectif de renforcer les compétences des jeunes Nigérians et dans laquelle le groupe a investi 1,5 million de dollars. Le lancement de cette académie a cependant été repoussé en raison de la pandémie de Covid-19, mais dès qu’elle pourra ouvrir LADOL vise les 500 inscriptions. Une initiative qui, compte tenu du coût du travail bien moins élevé pour les locaux que pour les expatriés, permettra également au groupe d’abaisser ses coûts de 90%.

Ainsi LADOL fera d’une pierre deux coups : des économies pour l’entreprise et des externalités positives pour le Nigeria. Une éthique d’entreprise proche du sacerdoce.

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