02 Juil 2021 / Article

Les clés de la croissance du mobile money en Afrique

En juin dernier, les participants au premier webinaire AFIS ont appelé de leurs vœux à réduire des les frais des transferts transfrontaliers et  à renforcer la collaboration entre les opérateurs mobiles pour une meilleur inclusion financière.   

Selon GSMA, le nombre de comptes de paiement mobile (ou compte bancaire mobile) actifs en Afrique a augmenté de 18 % en 2020, soit plus 116 millions d’utilisateurs. La valeur des transactions a quant à elle progressé de 23 % pour atteindre 495 milliards de dollars, avec l’Afrique de l’Est en tête de gondole.  

Parmi les tendances évoquées par les intervenants Robin Miller, associée chez Dalberg Advisors, a expliqué que le COVID avait entraîné un « effet pervers positif » sur les paiements mobiles. En obligeant consommateurs et PME à privilégier les canaux numériques « L’augmentation du nombre de femmes abonnées et l’accès aux services financiers grâce au mobile money [en Afrique] a dépassé le rythme de la croissance mondiale ». 

  

Renforcer la coopération pour lutter contre l’argent liquide  

Le montant élevé des frais de transferts transfrontaliers et la réglementation ont été évoqués comme des obstacles à l’expansion du mobile money en Afrique. « Même si notre croissance se poursuit, environ 400 millions d’adultes sur le continent restent sans accès aux comptes bancaires », précise Robin Miller.   

Le manque de collaboration entre opérateurs est évoqué comme un autre frein à la croissance du mobile money. Plus d’un tiers des personnes interrogées lors du webinar ont déclaré que les opérateurs de téléphonie mobile sont réticents à l’idée de collaborer.  

Matthieu Macé, P-DG du pôle Open Innovation & Fintech chez Axian, a expliqué que les acteurs locaux du mobile money, de l’assurance et de la FinTech ne doivent pas se faire concurrence. « L’argent liquide est notre seul véritable concurrent », a-t-il déclaré. Les opérateurs de téléphonie mobile africains doivent aussi renforcer leur coopération pour lutter contre la concurrence à l’international   . « Si l’Afrique veut ses propres champions du mobile money, tout le monde doit collaborer », a-t-il conclu.  

Blaise Pascal Okwo Ebwil, responsable Mobile Money & Indirect Digital Channels chez Ecobank Transnational Incorporated (ETI), a ajouté : « Si tout le monde collabore, nous pourrons déployer davantage de services à valeur ajoutée et réduire ainsi la nécessité de l’argent liquide. » Il a invité les opérateurs de téléphonie mobile africains à améliorer la communication et de partage  d’interfaces de programmation d’applications (API) pour contourner la pression réglementaire sur les transferts d’argent mobile à l’étranger  « C’est un aspect de notre collaboration auquel nous n’accordons pas assez d’importance ».

 

Réduire les frais de transfert  

Pour les consommateurs, les frais de transferts élevés restent un obstacle à l’adoption du mobile money. Certains régulateurs africains poussent les opérateurs à réduire leurs tarifs. Rachel Balsham, directrice générale adjointe et directrice générale du pôle Emerging Enterprise chez MFS Africa, s’est ainsi engagée à « réduire à un seul chiffre les frais des transferts transfrontaliers en Afrique. »  

Son entreprise, qui investit dans des services à valeur ajoutée, avec des offres de paiements pour commerçants et entreprises, a pour ambition de réduire les frais de transferts transfrontaliers. « C’est la direction que prend le marché, indépendamment de l’action réglementaire », a-t-elle estimé.  

L’an dernier, la banque centrale du Mali a encouragé les opérateurs de téléphonie mobile à baisser leurs tarifs  pendant la pandémie de COVID-19. Mais selon Aïcha Touré, directrice générale d’Orange Money Mali, les régulateurs devraient faire marche arrière sur le contrôle des tarifs :  Les opérateurs baissent d’eux-mêmes leurs prix pour promouvoir l’inclusion financière. Une stratégie adoptée depuis 2020 par Orange Money Mali : « Nous observons une forte augmentation des transactions client à chaque réduction de nos tarifs. Même si vous occupez le rang de leader comme nous, votre produit rencontrera peu de succès auprès des clients si vos prix sont élevés » 

  

La nécessité d’une norme à l’échelle panafricaine ?  

Matthieu Macé du groupe Axian a toutefois avancé qu’en l’absence de revenus générés par les clients, comme les frais SMS lors des transferts d’argent mobile, les opérateurs de télécommunications n’auraient aucune incitation financière à étendre leurs marchés aux zones reculées. « L’inclusion financière ne peut être envisagée sans des tarifs raisonnables, mais la question de la valeur  ne doit pas être omise pour autant: quelqu’un doit payer » a-t-il précisé en prenant pour exemple Madagascar ou il y a peu de pression sur les prix de la part des régulateurs. En conséquence, à travers des investissements en R&D plus importants, les opérateurs mobiles peuvent agir en faveur de l’inclusion financière.  

Rachel Balsham de MFS Africa a pour sa part plaidé contre une réglementation panafricaine qui freinerait l’innovation. Selon elle, toute initiative de la part d’un régulateur serait malavisée : les API des opérateurs mobile money accessibles aux banques centrales assurent déjà la transparence des informations sur les usagers des services.  Il n’est pas nécessaire d’établir une norme panafricaine.  

Pour en savoir plus, regardez le replay du webinar « Mobile Money : Les champions africains de l’inclusion financière sont-ils vraiment prêts à coopérer ? » :

 

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