25 Mar 2021 / Article

L’inclusion financière sortira-t-elle vainqueur de la bataille du paiement digital ?

En pleine croissance, l’industrie du paiement se réorganise sous la poussée des nouveaux acteurs tels que les fintechs et les opérateurs mobiles. En toile de fond, une bataille pour les parts de marché mais aussi l’espoir de bancariser tout un continent.

 

Entre apparition des fintechs et l’irruption des opérateurs mobiles, l’écosystème de l’industrie du paiement, auparavant dominés par des acteurs spécialisés tels que VISA et MasterCard, connaît une véritable révolution. Avec dans la manche des opérateurs un atout considérable : leur base de données, jusqu’à cinq fois plus importante que celle des banques commerciales traditionnelles. L’opérateur français de référence, Orange n’a ainsi pas hésité à franchir le Rubicon en devenant de plain-pied un acteur bancaire en créant sa propre Banque, Orange Bank. Alors que le marché des paiements digitaux est estimé à des milliards de dollars, comment s’organisent les différents acteurs pour profiter de cette opportunité ?

 

Tous s’accordent en tout cas pour identifier l’inclusion financière et donc le client africain, comme principal bénéficiaire de ce nouvel aggiornamento. « C’est un véritable progrès en matière de développement du commerce et du paiement en général », reconnaît ainsi Aida Diarra, Senior-Vice-Président pour l’Afrique Sub-saharienne chez VISA. De quoi mettre de côté la bataille pour les parts de marché ? Oui, selon Omar Cissé, CEO de InTouch, une fintech dakaroise qui opère dans une quinzaine de pays d’Afrique. L’écosystème propice à l’inclusion financière doit « se construire ensemble dans une ‘coo-pétition’ entre les différents acteurs » et non dans la « bataille » que beaucoup prédisent. C’est aussi l’avis de Serigne Dioum, Group Chief Digital and Fintech Officer chez MTN, pour qui « le partenariat existe et tend à se développer ». Mais il reconnaît aussi volontiers que derrière les discours de façade, « on oublie souvent sur le terrain que la guerre n’est pas entre nous mais contre le cash ». L’argent liquide demeure en effet le premier ennemi de l’inclusion.

 

 

Le régulateur au centre du jeu

Les fintechs y auront un rôle particulier grâce à leur capacité à atteindre des utilisateurs qui ne répondent pas aux critères des banques classiques. Mais leur développement est avant tout conditionné par la régulation. Et c’est bien là la préoccupation principale d’Omar Cissé pour qui les autorités peinent à s’adapter à des acteurs tel que lui : « On ne voit pas la convergence de la régulation financière et technologique ». Le dirigeant de InTouch appelle les régulateurs à favoriser l’interopérabilité entre les différents acteurs et à une plus grande flexibilité à l’égard des fintechs quant à la régulation financière. Problème : le régulateur reste le garant de la sécurité du système financier, de la protection des consommateurs et de leur égal accès aux services concernés. Pour Aida Diarra, « le dialogue avec les autorités de régulation est indispensable pour trouver les mesures idoines afin de répondre aux différents enjeux ».

Selon Yves Eonnet, directeur et co-fondateur TagPay, « l’Afrique est la Silicon Valley de la banque ». Pour ce fournisseur d’outils technologiques, le véritable défi des banques n’est pas la compétition que pourrait leur livrer les opérateurs mobiles ou les fintechs, mais leur capacité à inclure le plus grand nombre. Pour ce faire, il est nécessaire que celles-ci se dotent des outils technologiques les plus adéquats afin de pouvoir offrir à leurs clients les services financiers nécessaires.

L’un des services financiers les plus laborieux et onéreux en Afrique demeurent le paiement transfrontalier. Tous les acteurs espèrent que la nouvelle Zone de Libre Échange Continentale Africaine (ZLECA) permette de changer la donne. Pour Serigne Dioum, « le problème que l’on a est réglementaire ». Sur ce thème, ils appellent à une plus grande coopération entre les différents régulateurs, indispensable pour qu’un tel projet aboutisse.

Une régulation toujours plus appelée de leurs vœux quand on évoque les velléités de nouveaux protagonistes dans la bataille du paiement : les Big Tech. L’arrivée d’un WhatsApp dans le secteur pourrait en effet venir rebattre complètement les cartes. D’autant que ces géants qui ne s’embarrassent pas des frontières ont montré qu’ils faisaient peu de cas des réglementations nationales. Bien qu’ils se disent tous prêts à collaborer avec les GAFA dans l’éventualité où ils entreraient sur ce marché, Yves Eonnet reconnaît que « face à la puissance de ces multinationales, les entreprises africaines risqueraient de ne pas avoir les outils pour lutter ». Mais de l’avis d’Omar Cissé, « demain, le combat ne sera plus l’accès mais les solutions que l’on apportera à nos utilisateurs ».  Et de poursuivre « bienvenue à tous les acteurs » !

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