27 Août 2019 / Article

Logistique : « Les leaders du secteur privé africain doivent s’unir »

 

L’augmentation notable des investissements dans le secteur de la logistique sur le continent africain – de 8,5 milliards d’euros par an en 2001 à 26,6 milliards en 2017 – a permis l’émergence de nombreuses infrastructures : la zone industrialo-portuaire de Tanger Med qui se positionne aujourd’hui comme un hub de classe mondiale, le nouveau chemin de fer entre Mombasa et Nairobi, et la modernisation du Port de Lomé en sont quelques exemples. Malgré ces avancées la plupart des pays du continent ont encore beaucoup de retard à rattraper : « D’après la Banque mondiale, 10 pays africains sont parmi les 80 mieux placés en matière d’infrastructures. La plupart des pays se trouvent en bas du classement », souligne Amaury de Féligonde, Associé gérant d’Okan consulting, au cours d’un panel qui s’est tenu lors de la dernière édition du AFRICA CEO FORUM en mars 2019 à Kigali.

Les divergences en matière de réglementation sont à l’origine de nombreux problèmes

Comment expliquer ce retard ? Si le financement n’est apparemment plus un frein, les défis à relever restent nombreux et complexes. Le principal défi n’est pas de surmonter les barrières « physiques » comme les appelle Aboubaker Omar Hadi, Président de l’autorité des ports et des zones franches de Djibouti, mais de trouver une solution aux barrières tarifaires, ce pourquoi la mise en place d’une documentation unique à travers le continent apparaît comme indispensable. Amadou Diallo, Président-directeur général Moyen-Orient et Afrique de DHL Global Forwarding, rejoint cet avis : « Les nombreuses frontières du continent et les divergences en matière de réglementation sont à l’origine de nombreux problèmes ». 

Le retard en matière d’infrastructures coûte cher et entrave les échanges  : il représenterait 2 à 3 points de PIB en moyenne à chacun des 54 pays d’Afrique. Alors comment y faire face et quelles solutions pour changer la donne ?

Amaury de Féligonde identifie 4 pistes concrètes pour faire progresser le secteur : renforcer les hubs continentaux, poursuivre le développement des corridors multi-modaux, faciliter et fluidifier les échanges pour amoindrir les coûts et enfin mieux intégrer les nouvelles technologies pour moderniser les activités de logistique. Cette dernière solution est soulevée comme étant prioritaire par Ife Oyedele II : « la technologie est le moyen le plus efficace et rapide qui nous permettra de nous amener de là où nous sommes aujourd’hui, à la prochaine étape », explique le co-fondateur de KOBO360, une start-up nigériane vainqueur du prix “Disrupter of the Year” lors du Africa CEO Forum 2019.

Malgré le développement de services et d’outils technologiques très innovants, il met en avant la difficulté de mise en œuvre effective et l’intégration de ces moyens à une grande échelle. Sans technologie, il sera impossible de réduire drastiquement la durée de transmission des informations, facteur clé pour surmonter les défis du secteur.

Nous avons besoin de certains acteurs ayant une taille minimale et qui puissent parler aux gouvernements

Pour ce faire, le rôle du gouvernement est incontournable : « C’est avant tout une décision politique : il faut que les politiques africains prennent des actions concrètes pour résoudre les challenges en matière de logistique », d’après Karim Lotfi Senhadji, directeur général d’OCP Africa. Certaines difficultés, notamment de réglementations et d’implémentations, ne pourront être réglées que par ce biais. Mais pour cela, il faut que ces derniers se saisissent de la question. Karim Lotfi Senhadji  insiste sur le rôle des champions africains : « nous avons besoin de certains acteurs ayant une taille minimale et qui puissent parler aux gouvernements et les amener à changer la donne. » Pour le co-fondateur de Kobo 360, « les leaders du secteur privé africain doivent s’unir pour forcer les gouvernements à comprendre que le secteur de la logistique peut générer plus de revenus et être source de création d’emplois ».

Dans ce contexte, la signature de la zone de libre-échange économique (ZLEC) apparaît, pour certains, comme une opportunité et pour d’autres, un frein : « ce qu’on voit trop souvent en Afrique c’est une absence de connexion entre le message politique et la réalité sur le terrain », constate Pierre Pozzo di Borgo, Directeur Industrie à l’IFC, modérateur de la session. La balle semble aujourd’hui être dans le camp des politiques : arriveront-ils à honorer leurs promesses ?

 

Retrouvez la présentation d’Amaury de Féligonde, Associé Gérant, Okan Consulting.

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