19 Mar 2018 / Interview

Oumar Seydi : « Les rendements de l’agriculture africaine sont encore trop faibles »

Oumar Seydi est directeur régional de la Société financière internationale (IFC) pour l’Afrique subsaharienne.

L’agriculture compte pour un tiers des activités économiques du continent et génère 60 % des emplois, mais l’Afrique continue d’importer la plupart de ses produits alimentaires. Comment cette tendance pourrait-elle s’inverser ?

Oumar Seydi : Avant de pouvoir transformersur place, il faut accroître la productivité du secteur car les rendementssont toujours trop faibles. Il convient d’utiliser les engrais appropriés, de sélectionner avec soin les graines et d’augmenter le rendement du sol grâce à un système d’irrigation adéquat au lieu de dépendre exclusivement des précipitations. Il faut aussi avoir recours à des techniques de pointe, encore trop peu utilisées en Afrique, qui s’inspirent de l’agriculture de précision, pour définir le traitement spécifique à appliquer à chaque sol et à chaque céréale. Cela nécessite des technologies adaptées(drones, satellites…) pour identifier des maladies qui peuvent détruire nosrécoltes en les traitant systématiquement.
L’autre aspect important concerne les infrastructures. Une grande partie de la production agricole est avariée car lesroutes et les moyens de stockage appropriés sont quasi inexistants ou vétustes pour pouvoir écouler cette production.

Comment diminuer le coût des intrants, qui demeure important ?

Les gouvernementsse retrouvent aujourd’hui dans une situation où ils sont obligés de subventionner les intrants pour les fournir à des coûts accessibles aux agriculteurs. Il y a une grande disparité entre nos moyens et ceux de certains pays qui ont une meilleure maîtrise de cette chaîne de valeur et qui parfois reçoivent indirectement dessubventions. Pour renverser cette tendance, il faudrait investir des montants très importants et cela passe obligatoirement par la production locale d’intrants comme engrais. C’est pour cela que nous avons financé des sociétés comme Dangote. L’Afrique doit, par exemple, tirer profit de ses richesses en phosphates pour développer l’agriculture locale. Nos gouvernements ont des ressources limitées qu’ils devraient plutôt allouer à des domaines tels que les secteurs sociaux, qui attirent moins le privé. Beaucoup d’investissements privés ont été consentis dans l’agriculture africaine ces dernières années.

Comment le secteur peut-il être compétitif au niveau mondial ?

Sur toute sa chaîne de valeur, la volaille africaine, par exemple, souffre de la concurrence de grandes chaînes de production sud-américaines. Et dans le coût de cette volaille, il y a un coût très important lié à son alimentation. Il faut regarder danschaque chaîne de valeur où se trouvent les avantages compétitifs. Il faut aussi prendre en compte la législation des pays dans lesquels on souhaite exporter ou produire. Ily a dessecteurs pour lesquels nous avons des avantages certains, comme le climat et une bonne logistique d’exportation vers l’Europe.

C’est le cas de l’horticulture au Kenya et en Éthiopie, où nous avons investi avec succès dans des unités comme Afriflora et VegPro. À Madagascar, le coût des aliments de bétail nous permet aujourd’hui d’envisager la création de toute une nouvelle industrie en s’appuyant sur la mise place de standards qui pourraient faire décoller l’exportation de viande de qualité. Quant au Mali, il pourrait mieux exporter ses mangues ou même son beurre de karité, qui possède des débouchés pharmaceutiques qui ne sont plus à démontrer.

Propos recueillis par Rémy Darras.

Cet article est paru dans Jeune Afrique n°2984 du 18 au 24 mars 2018.

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