04 Oct 2021 / Article

Pour accélérer l'intégration africaine et réussir la Zlecaf, des réformes financières immédiates sont nécessaires

Alors que le continent subit les conséquences de la pandémie de Covid-19, l’AfCFTA ne doit pas être relégué au second plan.

Les dernières Assemblées annuelles de la Banque africaine de développement nous ont rappelé que les conséquences de la Covid-19 sur les économies africaines sont immenses, avec une perte de 145 à 190 milliards de dollars en termes de PIB, 30 millions de personnes tombant dans l’extrême pauvreté et une croissance en 2021 inférieure à la moitié de la moyenne mondiale. Dans un monde confronté à une crise d’une telle ampleur, la tentation du protectionnisme gagne du terrain. L’Afrique ne doit pas tomber dans ce piège. L’intégration africaine naissante, l’AfCFTA en particulier, ne doit pas en pâtir.

Comme le développement de l’Afrique ne peut attendre, AFIS – la principale plateforme panafricaine de l’industrie financière qui réunit opérateurs et régulateurs – appelle à une accélération critique des réformes financières. L’industrie financière africaine doit jouer un rôle décisif pour aider les entreprises et les particuliers à commercer et à investir sur le continent et faciliter les paiements et les flux de capitaux entre les pays.

Comme l’a annoncé Wamkele Mene, secrétaire général de la Zone de libre-échange continentale (Zlecaf), l’entrée en phase pilote du système panafricain de paiement et de règlement (PAPSS), développé par l’Union africaine et Afreximbank, change la donne. Aujourd’hui, les paiements pour le commerce intra-africain sont complexes. Ils nécessitent souvent l’intervention d’un pays non africain, même pour les échanges entre pays voisins. Ces inefficacités augmentent les coûts de transfert de fonds au sein du continent et les initiatives visant à moderniser les systèmes de paiement régionaux n’ont pas réussi jusqu’à présent à résoudre ce problème. Outre l’accélération de la mise en œuvre du PAPSS, l’AFIS appelle maintenant à une norme unique et unifiée de QR qui permettra une interopérabilité totale entre les banques et les plateformes de paiement à travers l’Afrique, et autorisera les paiements à partir de comptes bancaires et d’argent mobile.

 

Pour faire de l’AfCFTA un succès, la facilitation des flux de capitaux et la non-convertibilité des monnaies africaines doivent également être sérieusement prises en considération. En Afrique, la plupart des transactions transfrontalières nécessitent l’euro ou le dollar américain, ce qui rend l’intégration économique et financière considérablement difficile. Des solutions concrètes et essentielles existent.

Il est ainsi possible de créer une « unité de compte », une mesure unique qui fournirait un équivalent entre les monnaies africaines sans passer par une monnaie non africaine et réduirait ainsi le risque lié à la non-convertibilité du change. Une alternative consisterait à mettre en place 2 ou 3 monnaies régionales pour simplifier les échanges entre les monnaies en Afrique. Nous souhaitons également soulever la question de l’harmonisation et de la libéralisation des mouvements de capitaux entre les différents régimes de taux de change afin d’atténuer le risque de change et de rendre les opérations plus abordables.

Pour que l’industrie financière africaine joue son rôle en faveur de l’intégration économique africaine, l’AFIS exhorte également les organismes de régulation et les décideurs politiques à accélérer la collaboration et à aller plus loin dans l’harmonisation. Même si le processus peut être long, c’est une étape essentielle à franchir. Les réformes pratiques pourraient être les suivantes : créer une plateforme collégiale de supervision en attendant que les régulateurs se réunissent : développer des règles communes pour la comptabilité en Afrique (il existe de nombreuses normes différentes) et établir des normes minimales pour partager les données de manière transfrontalière, afin de faciliter le crédit ; créer un bureau de crédit au niveau panafricain ; développer une plateforme régionale pour les marchés de capitaux.

Il est également souhaitable de commencer à harmoniser le niveau minimum de capital requis, en tenant compte de la taille des économies, et de reconnaître les accords entre pays pour les cadres et la main-d’œuvre qualifiée, ce qui pourrait faciliter les transferts de compétences entre pays africains.

Pour accélérer l’intégration africaine, il convient également de s’attaquer rapidement à l’harmonisation des régimes de protection des consommateurs, à la cybersécurité et au traitement des litiges au niveau panafricain.

À l’heure où la pandémie de Covid-19 affecte gravement le développement du continent et où le monde tend vers un repli nationaliste, les institutions, les régulateurs et les opérateurs du secteur financier africain ne peuvent ignorer leurs responsabilités à l’égard de l’intégration accélérée de l’Afrique et doivent continuer à travailler ensemble par le biais de plateformes de discussion public-privé pour trouver des solutions et rester sur la bonne voie.

 

Paul-Harry Aithnard, Bode Abifarin, Mary Wangari Wamae et tous les membres du AFIS Advisory Board

AFIS est la plateforme de l’industrie financière africaine. Son conseil consultatif rassemble 45 membres représentant l’ensemble du spectre de l’industrie (régulateurs, décideurs politiques, entreprises privées, institutions).

Paul-Harry Aithnard est Directeur général Côte d’Ivoire et Directeur régional UEMOA pour le groupe bancaire panafricain Ecobank

Bode Abifarin est Directrice des opérations de Flutterwave, une fintech nigériane

Mary Wangari Wamae est administratice exécutive d’Equity Group Holdings, groupe bancaire leader au Kenya et en Afrique de l’Est.

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