20 Mar 2018 / Article

Pourquoi nous avons besoin de capitaux supplémentaires

Par Philippe Le Houérou, CEO de la Société financière internationale (IFC), membre du groupe de la Banque mondiale. Depuis son arrivée en mars 2016, il mène les efforts de l’institution dans la création de nouveaux marchés dans les pays en développement.  Avant son arrivée à l’IFC, Mr Le Houérou a été vice-président pour les politiques et les partenariats à la Banque européenne pour la reconstruction et le développement et a occupé plusieurs postes clés à la Banque mondiale. Il est titulaire d’un MBA de l’Université Columbia et d’un doctorat en économie de l’Institut d’Etudes Politiques de Paris.

L’Afrique subsaharienne a fait des progrès considérables au cours des deux dernières décennies: croissance économique sans précédent, taux d’extrême pauvreté–moins de 1,90 dollar par jour et par personne – réduit de 60 % à 40 %, mortalité des moins de cinq ans réduite de moitié, davantage d’enfants scolarisés, recul des maladies transmissibles (sida, paludisme,tuberculose), amélioration de l’accès à l’eau potable et de l’assainissement.

Cependant, 390 millions de personnes y vivent encore dans l’extrême pauvreté–un nombre supérieur à celui de toutes les autres régions dumonde combinées. Il faut s’attaquer à cette pauvreté dans un contexte difficile marqué par un essor démographique profond, une urbanisation rapide et des changements climatiques considérables. Dans le même temps, la mondialisation et les nouvelles technologies limitent la portée des stratégies de développement traditionnelles fondées sur le secteur industriel et les exportations manufacturières.

Relever ces défis exige une augmentation massive des investissements mais aussi de nouvelles solutions. L’investissement dans les infrastructures, la santé et l’éducation est essentiel pour permettre à la région de saisirles opportunités quise présentent à elle. Pour aller plus loin, les solutions technologiques, comme les soins de santé à distance, l’enseignement en ligne, le solaire hors réseau et la désalinisation par nanotechnologie, permettent d’accélérer les progrès.

90% de la création d’emplois

Le secteur privé, moteur de l’investissement et de l’innovation, doit jouer un rôle plus important. Responsable de plus de 90% de la création d’emplois dans le monde, un secteur privé prospère sera essentiel pourcréer les emplois nécessaires afin d’absorber l’arrivée, chaquemois, de 1,7 million d’individus sur le marché du travail en Afrique subsaharienne. L’IFC est prête à jouer son rôle. Nos financements à long terme ont été multipliés par vingt en à peine quinze ans, de 167 millions de dollars en 2003 à 3,5 milliards de dollars l’an dernier. Toutefois, notre croissance s’est ralentie ces dernières années. Il s’agit maintenant de passer à la vitesse supérieure. Pour l’Afrique, notre principale priorité, nous avons élaboré une nouvelle stratégie – IFC 3.0–pour augmenter notre impact dans lesmarchés les plus difficiles.

L’essence de cette nouvelle stratégie consiste à créer systématiquement de nouveaux marchés, pays par pays et secteur par secteur, en adaptant en amont les politiques économiques et lesréglementations pour attirer les investisseurs. Au lieu d’attendre lesinvestisseurs, nous sommes désormais plus proactifs ettravaillons en amont avec les gouvernements pour améliorer le climat des affaires etcréer des opportunités.

Nous devons réduire les risques perçus ou réels : la taille réduite des marchés, l’insécurité et les incertitudes politiques, institutionnelles ou opérationnelles qui freinent l’appétit des investisseurs

Nous avons lancé une série de diagnostics des secteurs privés nationaux pour identifier des opportunités de maximiser le financement du développement. Nous avons élaboré de nouvelles approches afin d’optimiser l’impact économique de nos investissements. Par ailleurs, nous avons mis en place un guichet de services pour la création de nouveaux marchés bénéficiant du soutien de nos collègues de la Banque mondiale. Ces services s’ajoutent à ceux de notre activité conseil en amont pour la préparation de projets,ycompris dansles pays les plus pauvres et fragiles.

Pour mobiliser les capitaux nécessaires, nous devons réduire les risques perçus ou réels : la taille réduite des marchés, l’insécurité et les incertitudes politiques, institutionnelles ou opérationnelles qui freinent l’appétit des investisseurs. Face à ces défis, nous avons élaboré un nouvel outil de réduction des risques, le guichet de promotion du secteur privé (PSW), d’une valeur de 2 milliards de dollars et financé par l’Association internationale de développement (IDA), poursoutenir les projets particulièrement risqués et élargir l’accès aux prêts en monnaies nationales.

Pour intensifier nos efforts et prendre plus de risques, y compris dans les pays les plus fragiles etceux touchés par des conflits, la SFI et la Banque mondiale ont besoin de capitaux supplémentaires. Nous sollicitons actuellement une augmentation de capital auprès de nos actionnaires. Avec notre nouvelle stratégie et davantage de capitaux, nous pourrons créer des marchés et des emplois et ainsi mieux répondre aux défis qui se posent au développement de l’Afrique.

Cet article est paru dans Jeune Afrique n°2984 du 18 au 24 mars 2018.

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