08 Juil 2021 / Article

Zlecaf : un véritable accélérateur pour les investissements dans les infrastructures en Afrique ?

 

Lors du dernier événement digital organisé par l’Africa CEO Forum en partenariat avec Africa50, les panélistes dont Portia Derby, Directrice générale de Transnet, et Obi Ozor, Directeur général de Kobo 360, ont émis des doutes sur la capacité de la Zlecaf à résoudre seul le déficit dont souffre le continent. 

 

Déjà déficitaire en infrastructures, l’Afrique va devoir passer à la vitesse supérieure si elle veut profiter à plein de l’avènement de la Zone de libre-échange continentale Africaine (Zlecaf). “Avec une réduction des tarifs douaniers de 90%, l’accord de libre-échange devrait avoir un effet d’entraînement important sur le commerce intracontinental, équivalant à une augmentation de 50% des échanges en 2022 par rapport à 2010.” Comme le souligne Adedoyin Amosun, Directrice associée pour PwC Advisory Nigeria, la Zlecaf, lancée le 1er janvier 2021, laisse espérer une croissance importante des échanges intercontinentaux. Un « effet d’entraînement » dont il est attendu qu’il dope les investissements dans les infrastructures facilitant le commerce, physiques comme numériques. Un besoin pressant : chaque année, le gap de financement annuel du continent en la matière est estimé entre 68 et 108 millions de dollars. 

 

Environnement des affaires : un sujet clé  

Pour Koffi Klousseh, Directeur Général en charge du développement des projets pour la plateforme d’investissement en infrastructures Africa50, certes « le traité va impacter la taille du marché et favoriser l’harmonisation des normes et des standards. Mais le financement des infrastructures et la perception du risque par les investisseurs ne va pas changer pour autant ». Et d’ajouter : « Le climat en faveur des investissements dans les infrastructures dépend notamment du respect des règles de droit, du temps nécessaire pour créer une entreprise, de la protection des investisseurs ou encore d’une bonne allocation des risques. »   

Obi Ozor, le Directeur général de Kobo360, startup Nigériane surnommée le « Uber pour camion »,  n’a pas hésité à renvoyer pouvoir publics et investisseurs dos-à-dos : « Si les projets d’infrastructures sont des rêves qui prennent du temps à se réaliser en Afrique, c’est à cause de la corruption et des biais que les investisseurs ont sur le continent. »   

Pour combler le déficit de financements, les panélistes du webinar Zlecaf : une nouvelle ère pour les infrastructures ?, organisé par l’AFRICA CEO FORUM en partenariat avec Africa50, jeudi 1er juillet, se sont globalement accordés sur le fait que si la Zlecaf était un atout, elle n’y suffira pas. “ Un effort de la part de toutes les parties prenantes est indispensable pour accélérer les investissements”, a notamment insisté Demitta Gyang, Conseillère spéciale auprès du Secrétaire-général de la Zlecaf, Wamkele Mene. 

Mais pour Portia Derby, Directrice générale de Transnet, la plus grosse entreprise de transports sudafricaine, s’il est évident que « l’application et la promotion de cet accord par tous les acteurs seront cruciaux pour que l’Afrique tire profit de la création d’une zone de libre échange », il n’est « pas sûr que le manque d’infrastructures physiques soit la plus grande contrainte » comparé « aux entraves les plus importantes » selon elle, à savoir « la multiplication des standards et des législations ».  

 

Au secteur privé de jouer 

En guise de méthode, Obi Ozor a enjoint les responsables publics à privilégier des politiques simples, qui encouragent l’innovation : « Une des évolutions clés sur le continent ces derniers années a été l’impulsion apportée par le numérique. Se concentrer là-dessus sera décisif pour le développement global des marchés en Afrique, » a-t-il affirmé. Pour directeur général de Kobo360, c’est l’avènement d’une économie numérique à grande échelle qui aura l’effet d’entrainement escompté. « Si je veux implanter Kobo au Cameroun par exemple, je n’ai aucune idée de la taille du marché et de comment le connecter au Nigéria [marché originel de la startup]. » Or, « pour cela, nous avons besoin de données : des ressources qui ne demandent pas de financement particulier ». Portia Derby, qui préside aux destinées de Transnet depuis 2020, est sur cette question totalement alignée avec le startuper nigérian. L’importance du partage de données, comme levier pour l’investissement, est clé : « Si les données sont là, les investisseurs privés suivront car ils appréhenderont enfin le véritable volume d’échanges qui transite sur les routes du continent. »  

Une position qui laissait Demitta Gyang un peu perplexe : « On ne peut pas décorréler le commerce des infrastructures car le numérique aussi requière des infrastructures de réseau et d’électricité et donc des investissements privés ». Pour elle, c’est clair, c’est l’implication du secteur privé qui changera la donne. Justement le thème de notre prochain événement le 15 juillet 2021, Infrastructures : le secteur privé peut-il changer la donne ? 

Pour en savoir plus, regardez le replay “ ZLECAF : une nouvelle ère pour les infrastructures “  

Céline Toni 

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