28 Mai 2021 / Article

Zlecaf : un tournant pour l’industrie financière africaine ?

 

Lors de l’Africa Financial Industry Summit qui s’est tenu les 9 et 10 mars derniers, une vingtaine de décideurs financiers africains réunis en séance privée ont dressé la liste des défis à relever pour dynamiser l’industrie financière.

 

La naissance récente de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) représente une occasion unique de repenser l’industrie financière africaine et devrait accélérer l’émergence de champions continentaux. « La Zlecaf offre des opportunités en matière de financement des chaînes d’approvisionnement qui vont se multiplier dans les années à venir », a ainsi déclaré, enthousiaste, Paul-Harry Aithnard, présent lors de la réunion dédiée à l’impact de la Zlecaf sur la finance africaine durant l’Africa FInancial Industry Summit qui a lieu en digital, en mars dernier.

 

Tout au long de la conversation, le directeur général de l’UEMOA chez Ecobank n‘a pas caché son optimiste sur l’avenir du secteur. Et il est loin d’être le seul, les compagnies d’assurance semblent tout aussi enthousiastes. En témoigne Coenraad Vrolijk, Directeur général régional d’Allianz Africa, pour qui « cette zone de libre-échange a la capacité de mettre sur le marché des produits et des services qui, autrement, ne seraient pas accessibles en raison de leur taille. » Selon lui, « si nous parvenons à faire en sorte que l’ensemble du processus fonctionne bien, cela permettra d’atteindre une échelle supérieure et, automatiquement, de fournir des produits aux clients à un coût moindre. »

Cependant, les participants à cette conversation exceptionnelle, soit près de 20 acteurs éminents du secteur financier, se sont accordés à dire que les obstacles à la mise en place d’une intégration régionale financière seront nombreux. En effet, si cette intégration a progressé ces dernières années, il s’agit maintenant de la poursuivre en tirant profit de l’impact potentiel de la Zlecaf sur les services financiers, notamment en capitalisant sur les investissements dans les infrastructures de paiement transfrontaliers. D’autres actions à entreprendre pour accompagner cette transformation ont été évoquées pendant cette réunion telles que le développement des offres commerciales qui pourraient stimuler la croissance des dépôts, la promotion d’une règlementation tournée vers l’harmonisation des normes, le renforcement de la gestion des risques et le déploiement de services bancaires aux PME.

 

La question des devises, soulevée à plusieurs reprises par les participants, représente également un enjeu clé pour le secteur. Selon Mme Isabelle Lessedjina, vice-présidente senior de TCX (The Currency Exchange Fund), « nous devrions nous concentrer sur le commerce des devises en Afrique, de façon à réduire la dépendance au dollar et l’intensité des chocs pour l’écosystème des PME dans la région. Cela pourrait également permettre aux champions régionaux d’avoir un avantage concurrentiel local. La réussite d’une telle initiative dépendra in fine des 5 ou 10 premières banques internationales en Afrique dont l’accès aux liquidités est le plus aisé. En outre, concernant la réglementation des banques centrales, nous devons nous assurer du contrôle des capitaux et du contrôle des changes afin de permettre aux entreprises du secteur financier de se développer et de ne pas provoquer d’endettement.  »

 

Comme la plupart de ses pairs, Paul-Harry Aithnard voit la Zlecaf comme une chance à saisir :  « C’est l’occasion pour nous de penser à l’avenir et de réfléchir à la façon dont, au lieu de traiter des solutions en dollars, nous pouvons de plus en plus commercer entre pays africains en utilisant des monnaies africaines.  »

 

Principal objet de discussion, la mise en place d’un système de paiement panafricain a soulevé un intérêt particulier chez les participants. « Les paiements transfrontaliers seront un des aspects primordiaux de la Zlecaf », a indiqué Veronica Njore, responsable des relations avec les investisseurs et de la stratégie chez Co-operative Bank of Kenya. « L’Afrique doit se préparer à accueillir des liquidités par le biais de réglementations en s’assurant que les pays disposent [d’autres] liquidités qui favorisent les flux de capitaux sur le continent. » Elle a d’ailleurs ajouté : « La Zlecaf est une affaire de logistique et de paiements. Aujourd’hui, la majorité des flux de paiement passent par SWIFT (Society for Worldwide Interbank Financial Telecommunications), mais la plupart des banques africaines ne font pas partie de ce réseau. La Zlecaf pourrait donc permettre de créer des opportunités en s’appuyant sur des banques régionales comme Orabank, Ecobank ou Nedbank (disponibles dans trente à cinquante pays du continent) pour créer des solutions SWIFT disponibles pour les institutions financières d’entreprise et même pour les PME en Afrique » ou encore, insiste-elle pour « promouvoir des solutions non-SWIFT ».

Pour Ibrahim Sagna, Responsable mondial et Directeur du département conseil et marchés de capitaux chez Afreximbank, « avec l’initiative PAPSS (système panafricain de paiement et de règlement), l’Union africaine et Afreximbank ont déjà lancé quelques projets pilotes » capables de développer les échanges interafricains. Selon lui, cette dernière, qui compte 50 pays membres en Afrique a « su tirer parti d’une caractéristique architecturale unique pour développer cette initiative car elle joue à la fois le rôle d’actionnaire et de régulateur. »

 

« L’intégration du système de paiement s’accompagne forcément de discussions et de collaborations entre différents acteurs (banques, institutions financières ou compagnies d’assurance) », a déclaré James Kasuyi, responsable des institutions financières chez Bank One. Cependant, il se demande « comment peut-on inclure d’autres acteurs tels que les banques ou les fournisseurs d’assurance dans la discussion sur l’inclusion financière ».

 

Pour conclure sur le sujet, Serge Ekué a rappelé les objectifs de ce projet d’envergure régionale : « Si nous nous fixons un système de paiement commun, il faut qu’il devienne une norme. Le monde est plein de liquidités mais nous devons nous assurer que lorsque nous parlons aux investisseurs, le système de paiement que nous avons mis en place est une norme ».

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