Pour l’UM6P, le service public représente la capacité institutionnelle par laquelle une société transforme une ambition collective en action collective et en valeur publique durable.
Chaque nation porte des aspirations. Ce qui importe, c’est de savoir si elle dispose des institutions capables de transformer ces aspirations en réalité. La croissance économique, le progrès technologique, l’industrialisation ou encore l’inclusion sociale ne se produisent pas spontanément. Ils reposent sur des institutions capables d’apprendre, de s’adapter, de coordonner les actions et d’agir dans la durée.
C’est ce que représente le service public à nos yeux : la capacité d’une société à s’organiser autour du bien commun.
Dans cette perspective, les universités et les institutions publiques poursuivent une même mission. Toutes deux contribuent à produire des biens dont la valeur dépasse les intérêts individuels : les connaissances, les talents, les infrastructures scientifiques, la confiance publique et la capacité à penser le long terme. Il s’agit de ressources fondamentales. Elles sont rarement produites par les seuls mécanismes du marché, car leurs bénéfices sont diffus, cumulatifs et se matérialisent souvent sur plusieurs générations.
Cet enjeu est particulièrement important pour l’Afrique. La population en âge de travailler du continent devrait doubler d’ici à 2050, tandis que le nombre d’Africains ayant atteint le niveau secondaire supérieur ou l’enseignement supérieur devrait passer d’environ 103 millions en 2020 à 240 millions en 2040. Transformer cette dynamique démographique en développement durable dépendra non seulement des investissements et de l’innovation, mais aussi de la qualité des institutions capables d’orienter et d’accompagner cette transformation.
À l’UM6P, nous contribuons à cette mission en formant les futurs leaders, en produisant des recherches qui répondent aux défis structurels de l’Afrique et en développant des plateformes qui rapprochent la connaissance de l’action. Qu’il s’agisse de recherche avancée, d’écosystèmes d’innovation, de programmes de politiques publiques ou d’initiatives telles que LEAD, notre objectif est de contribuer à bâtir des institutions capables de créer de la valeur publique sur le long terme pour l’Afrique.
Cette conviction explique également pourquoi il est si important de soutenir et de célébrer la Journée africaine du service public.
Le défi du développement de l’Afrique est de plus en plus un défi de capacité institutionnelle. Au cours des deux dernières décennies, de nombreuses économies africaines ont enregistré des progrès remarquables. En 2024, dix pays africains figuraient parmi les vingt économies à la croissance la plus rapide au monde. Pourtant, la croissance seule ne garantit pas le développement. L’un des défis persistants du continent demeure le déficit de gouvernance : la difficulté à transformer le potentiel, les investissements et l’innovation en résultats concrets et efficaces pour les populations.
C’est précisément pour cette raison que le service public est essentiel. Des institutions solides permettent de transformer les ambitions en réalisations et les politiques publiques en impacts tangibles. L’histoire montre que les sociétés dépassent rarement la qualité de leurs institutions. Les pays qui réussissent ne sont pas nécessairement ceux qui disposent des ressources les plus importantes, mais ceux qui construisent des administrations capables d’apprendre, de coordonner l’action collective et de maintenir une vision de long terme malgré les pressions du court terme.
La Journée africaine du service public permet de mettre en lumière cette réalité souvent sous-estimée. Elle rappelle le rôle essentiel des agents publics, garants de la capacité d’action de l’État, qui veillent à ce que les systèmes publics continuent de fonctionner, de s’adapter et de produire de la valeur dans des environnements de plus en plus complexes.
Pour l’UM6P, soutenir cette journée revient donc à investir dans l’un des actifs les plus stratégiques du continent : son leadership et sa capacité institutionnelle. À travers des initiatives telles que LEAD, nous sommes convaincus que la transformation de l’Afrique dépendra autant de la qualité de son leadership public que de l’ampleur de ses investissements. Les infrastructures peuvent être financées. Les technologies peuvent être acquises. Mais des institutions compétentes, dignes de la confiance des citoyens et capables d’agir efficacement dans la durée, doivent être construites avec méthode, détermination et patience.