Scale or fail :
Pourquoi le capitalisme africain doit unir ses forces ?
Dans la compétition économique mondiale, la taille confère un avantage plus que jamais décisif.
L’effondrement du multilatéralisme et le tarissement des flux d’aide, conjugués à l’instabilité croissante au Moyen-Orient, incitent plus que jamais les investisseurs à privilégier les économies stables avec une taille de marché critique.
Cette taille critique est primordiale. Les grandes puissances asiatiques et nord-américaines l’ont bien compris puisqu’elles poussent leurs entreprises à l’atteindre afin de projeter leur influence dans les secteurs stratégiques, qu’il s’agisse des énergies renouvelables, des plateformes numériques, de la finance ou de l’industrie. Quant à l’Europe, après avoir créé le marché commun le plus intégré au monde, elle cherche désormais activement à faire émerger, davantage de champions continentaux aux côtés d’Airbus, fleuron mondial de l’aéronautique.
Atteindre la taille critique n’est plus une option. C’est un impératif.
Dans ce monde en reconfiguration, le continent a su faire preuve de résilience : des taux de croissance en hausse, des notations souveraines en amélioration, une Banque africaine de développement (BAD) qui vient de boucler une levée de fonds record… Mais comme l’ont montré les limites de l’expérience européenne, si l’Afrique veut atteindre cette taille critique pour peser dans la compétition mondiale, lever les barrières physiques et réglementaires, notamment à travers la ZLECAf, ne suffira pas.
Il faudra dépasser une vision parfois prisonnière du patriotisme économique pour embrasser une ambition nouvelle, celle de l’Ubuntu, cette philosophie aussi ancienne que le continent lui-même : « Je prospère parce que tu prospères. »
La naissance de projets d’envergure et de champions véritablement continentaux nécessite un capitalisme africain partagé.
Cela suppose que les nations et les entreprises africaines investissent non seulement en elles-mêmes, mais aussi dans la réussite des unes et des autres. Cette nouvelle vision d’un capitalisme africain partagé repose sur trois piliers fondamentaux :
- Des investissements partagés. Une banque marocaine de premier rang peut-elle faire entrer à son capital des actionnaires sud-africains et kényans pour soutenir son expansion continentale ? Comment permettre aux fonds de pension africains d’accéder aux projets d’infrastructure domestiques, sur le modèle de l’InfraCo nigérian ? Comment inciter les bourses africaines à favoriser la cotation de filiales de multinationales, afin que les investisseurs locaux – institutionnels et particuliers – bénéficient de leur croissance ?
- Des infrastructures partagées. Quelles conditions réunir pour lancer des méga-projets transfrontaliers transformateurs, à l’image du Corridor de Lobito, dans d’autres secteurs stratégiques ? Comment concevoir des infrastructures continentales qui répondent à des besoins régionaux plutôt que strictement nationaux, comme la raffinerie Dangote ? Comment pousser les géants africains des ressources naturelles à rechercher des complémentarités industrielles et infrastructurelles ?
- Des règlementations partagées. Les succès de l’OHADA (droit des affaires) et de la CIMA (assurance) peuvent-ils être répliqués dans d’autres régions et secteurs du continent ? Entreprises et gouvernements africains peuvent-ils collaborer pour bâtir des infrastructures numériques pérennes au service de la santé, de l’éducation ou de l’agriculture ? Comment faire de PAPSS le standard incontournable des paiements transfrontaliers africains ?
A Kigali les 14 et 15 mai, l’Africa CEO Forum appelle sa communauté de dirigeants d’entreprise, d’investisseurs, de chefs d’État et de ministres à partager une vision commune : forger des alliances au-delà des frontières, mutualiser les risques et les capitaux, et s’engager résolument à bâtir des champions continentaux pour permettre à l’Afrique de renforcer son poids économique, de créer des emplois et de conquérir sa place dans le nouvel ordre mondial.
À Kigali, la communauté de 2 500 décideurs de l’Africa CEO Forum participera à des dialogues exécutifs, des débats ouverts et des négociations afin d’explorer comment le capitalisme africain partagé peut être renforcée pour atteindre un changement d’échelle. Les principaux sujets qui seront abordés incluent :
