01 Mar 2023 /

Interview avec le Premier Ministre du Cameroun, Joseph Dion Ngute

Invest in Cameroun : “Le Cameroun représente un très bon risque pour les investisseurs étrangers”, selon le Premier Ministre du Cameroun, Joseph Dion Ngute. 

 

L’AFRICA CEO FORUM a organisé jeudi 23 février un évènement digital dédié au Cameroun, en collaboration avec EcoBank et en partenariat avec Proparco. A cette occasion, l’évènement Invest In Cameroun a bénéficié de la présence exceptionnelle du Premier Ministre camerounais, son Excellence Joseph Dion Ngute. Celui-ci a présenté les opportunités d’investissement au Cameroun, ainsi que les politiques menées dans le but d’attirer les investisseurs. 

 

Invest In : Le Cameroun est l’une des économies les plus dynamiques du continent. Comment votre pays tire-t-il son épingle du jeu dans un contexte actuel finalement défavorable et assez volatile ? 

 

 Joseph Dion Ngute : Je me permets tout d’abord de présenter très brièvement le Cameroun. Qualifié d’Afrique en miniature, le Cameroun est un pays d’Afrique centrale qui est le plus peuplé de la zone Cemac (Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale). Il dispose d’une position stratégique au carrefour de l’Afrique de l’Ouest et du centre. Le pays jouit d’une bonne stabilité au plan sécuritaire et entretient des interactions harmonieuses. L’on y rencontre le climat équatorial dans le Sud et le climat tropical au Nord du pays. Le Cameroun compte enfin des villes importantes, comme la capitale politique Yaoundé et la capitale économique, Douala. Notre économie est diversifiée. Le Président de la République s’attelle à améliorer significativement les conditions de vie des populations.

Pour revenir à la résilience du Cameroun, il convient d’indiquer que cette situation s’explique par la mise en œuvre de grandes orientations stratégiques relatives à l’exécution de grands projets d’infrastructures et le soutien aux secteurs ayant un effet d’entraînement sur l’ensemble de l’économie. Il s’agit notamment des axes stratégiques de la politique économique définie par le Président de la République, son Excellence Paul Biya, laquelle repose sur la diversification de l’économie, la promotion de l’impôt substitution assorti des renforcements des capacités d’exportation. Il est également question d’une gestion prudente des finances publiques. Aussi, il faut souligner les mesures volontaristes décidées par le Président de la République en soutien aux ménages dans le cadre contre la vie chère mais également pour accompagner le secteur privé national confronté à la crise.  

Entre autres, le Gouvernement a entrepris avec l’accompagnement de partenaires techniques et financiers, de nombreuses réformes institutionnelles et structurelles qui ont contribué à maintenir le Cameroun sur le sentier du progrès social et de la meilleure chance.  

 

Les investissements directs étrangers au Cameroun ont atteint un niveau jamais atteint, avec 83 milliards en 2021 contre 39 en 2020 et 37 en 2019. Les IDE sont bien souvent tournés vers le secteur extractif, comment les étendre à d’autres secteurs de l’économie comme les infrastructures, l’agriculture ou les services ? 

 

Dans les pays africains, nous savons que le secteur extractif dispose d’un potentiel important, entres autres contribuer à la croissance économique et générer des recettes publiques. Au Cameroun, la croissance de 2022 s’est établie à 3,4% contre 3,6% en 2021. La reprise économique a été contrainte au plan international par le ralentissement de l’économie mondiale et les restrictions des conditions financières en raison de la contraction des capitaux du marché international.  

Même si le secteur minier reste un pilier de l’économie nationale, des actions importantes ont été menées, conformément aux vœux du Président de la République pour diversifier l’intervention des investissements directs étrangers. Je voudrais m’arrêter sur deux leviers sur lesquels le Cameroun peut avoir la main : il s’agit d’une part de l’amélioration du climat des affaires et d’autre part des incitations à l’égard des entrepreneurs pour rentabiliser leurs investissements.  

S’agissant tout d’abord de l’amélioration du climat des affaires, il est important de souligner que ce processus s’effectue dans le cadre d’une étroite collaboration entre le secteur public et le secteur privé. Il s’agit d’apporter des réponses aux préoccupations du secteur privé, appréhendé comme le moteur de la croissance au Cameroun. Dans cette logique, il faut relever que le Gouvernement a conduit avec succès, entre 2009 et 2018, 83 réformes selon les recommandations formulées par le Cameroon Business Forum. Je voudrais préciser que le Cameroon Business Forum est l’instance de dialogue privilégiée entre le secteur public et le secteur privé. Les réformes que je viens d’évoquer posent des axes d’intervention parmi lesquels le règlement des conflits commerciaux, la promotion des investissements, la gouvernance, le paiement des impôts, et l’accès à la propriété foncière. Les partenaires privés qui mènent des activités aujourd’hui au Cameroun sont quasi unanimes sur le fait que les actions menées dans le cadre du Cameroon Business Forum ont substantiellement contribué à décrisper le climat des affaires.  

Pour ce qui est des incitations permettant aux entreprises de rentabiliser leurs investissements, un cadre législatif et réglementaire a été aménagé en conséquence. Ce dispositif est articulé autour de la Loi du 18 avril 2013 fixant les incitations à l’investissement privé au Cameroun. Les dispositions de cette loi s’appliquent aux opérateurs d’investissement relatifs à la création, à l’extension, au renouvellement, ou au réaménagement des actifs et à la transformation d’activités. Des incitations aussi bien fiscales que douanières sont prévues pendant la période d’installation et d’exploitation.  

D’une manière générale, le Gouvernement camerounais est à l’écoute des investisseurs privés et met un point d’honneur sur l’édification des procédures d’accompagnement. Il s’agit d’un processus qui évolue sur la base des doléances formulées par les investisseurs. Au regard de toutes ces informations, il est indéniable que le Cameroun est une destination privilégiée pour l’épanouissement des investissements, dans le domaine des infrastructures et le secteur productif agricole.  

 

Dans cet élan de dynamisme, c’est en 2020 que votre Gouvernement a lancé sa stratégie nationale de développement 2020-2030 dans laquelle de nombreuses filières sont à promouvoir. Pouvez-vous les présenter et nous dire la part des investissements directs étrangers attendus ? 

 

La stratégie nationale d’investissement 2020-2030 s’inscrit dans la perspective d’accomplissement des objectifs de la vision 2035 du Cameroun qui ambitionne d’être un pays émergent, démocratique et uni dans sa diversité. Les principales orientations de cette stratégie sont en corrélation avec le programme socio-économique du Président de la République. Je voudrais insister sur le développement de l’impôt-substitution et l’aménagement de facilités pour l’émergence du secteur privé.  

Ces améliorations sont perceptibles dans le cadre de la dynamisation de certaines filières et secteurs d’activités sur lesquels reposent les transformations structurelles de notre économie. Je citerai à titre indicatif le domaine des industries et services, les sous-secteurs tels que l’énergie, l’agro-industrie, le numérique, les forêts et bois, le textile, la confection et le cuir, les mines, la métallurgie, la sidérurgie, la pétrochimie, le raffinage et la pharmacie. Pour ce qui est de la productivité de la production agricole, une attention particulière est accordée à cette filière, prioritairement le riz, le maïs, le cacao, le café, l’huile de palme, la banane dessert et plantain, et l’anacarde. En ce qui concerne les infrastructures, les domaines principalement concernés sont l’énergie, le transport, les télécommunications, l’eau, et l’assainissement urbain et de l’habitat.   

Intéressons-nous à présent au financement. Le financement de la stratégie nationale de développement repose sur plusieurs leviers. Les ressources propres du secteur privé et le partenariat public privé occupent à cet égard une place primordiale. Je dois admettre que le Gouvernement fonde de gros espoirs sur la contribution du secteur privé national et étranger dans l’atteinte des objectifs du développement. En effet, les partenaires privés sont appelés à investir plus de 60% des ressources nécessaires à la transformation structurelle qui sous-tend notre stratégie nationale de développement, soit 52 800 milliards de Francs CFA sur une enveloppe globale de 88 000 milliards.  

Une des pistes de financement de cette stratégie nationale de développement repose sur les transferts de fonds de la diaspora. Selon les données de la Banque mondiale, en 2018, le Cameroun a reçu un total de 345 millions de dollars US en total de versement de la diaspora, orienté principalement vers le besoin quotidien des familles. A travers la mise en place de politiques appropriées, le Gouvernement entend promouvoir l’utilité des fonds de la diaspora, au-delà de l’accroissement des revenus des familles pour les diriger vers les secteurs d’investissement. 

 

Pour conclure, quels messages voudriez-vous envoyer aux potentiels investisseurs intéressés par le Cameroun ?  

 

Tout d’abord, je dois dire que le Cameroun représente un très bon risque pour les investisseurs étrangers. Je dois dire que ceux qui sont venus au Cameroun par curiosité se sont établis durablement par conviction. Il y a plusieurs raisons.  

Tout d’abord, le Cameroun a une position géographique stratégique et avantageuse. Le Cameroun connaît une stabilité politique et sécuritaire. Son environnement macro-économique et budgétaire est très favorable, les instances internationales sont là pour en témoigner. Les perspectives de croissance sont prometteuses. Aussi, la diversité des niches d’investissement présente un cadre normatif et incitatif. La main d’œuvre camerounaise est jeune, qualifiée et disponible, c’est aussi un atout. 

Le Cameroun est une terre d’attractivité où les entreprises privées devraient s’établir pour rentabiliser leurs investissements dans le cadre d’un partenariat gagnant-gagnant, en droite ligne de la déclaration faite par le Président de la République lors de son discours d’ouverture à l’occasion de la Conférence économique de Yaoundé. Je terminerai donc en citant le Président Paul Biya : “Certains investisseurs apportent leur capacité de financement et leur technologie. D’autres peuvent offrir des opportunités uniques à nos yeux, des richesses rares à transformer dans un échange juste et équitable”. 

Visionnez l’évènement digital :

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