24 Mar 2022 / Article

Sertem : le pari de la jeunesse

En 2019, Marième Ngom a rejoint son frère Taslim au sein de Sertem, une entreprise sénégalaise d’ingénierie et de construction fondée par son père Léopold Ngom en 1998. Au poste de Directrice Commerciale et Marketing, elle œuvre pour donner aux femmes et à la nouvelle génération plus de poids dans la prise de décision, alors que l’entreprise se restructure pour devenir un acteur majeur dans le développement d’infrastructures publiques. 

Par Shane Starling

Chez Sertem, qui emploie près de 280 personnes à son nouveau siège dans le centre de Dakar, les liens familiaux ne sont pas synonymes de traitements de faveur. Comme Marième Ngom l’explique : « L’entreprise a une histoire unique et tous ceux qui y travaillent doivent se montrer à la hauteur, y compris mon frère et moi. Mon père est d’une nature très exigeante. Mais il en demande encore plus à Taslim et moi, ce qui n’est pas toujours facile. 

Mon frère a passé bien sept ou huit ans dans l’entreprise avant d’en devenir le Directeur général. Mon père ne lui aurait jamais fait confiance juste parce qu’il était de la famille, sans le mettre à l’épreuve. Nous avons dû nous battre pour progresser dans l’entreprise. Pour moi, cela a été particulièrement difficile car je suis la cadette de l’équipe de direction, mais aussi parce qu’il s’agit d’un univers très masculin. » 

Une transformation majeure 

Depuis son arrivée, Marième Ngom s’est fixé pour objectif d’intégrer davantage de femmes à mesure que Sertem rationalise et modernise ses opérations dans le cadre d’une « transformation majeure » : « Depuis le début, j’essaie d’amener plus de femmes autour de la table », explique-t-elle. « Nous venons de recruter une Directrice financière, et j’en suis très fière. Il y a eu un vrai rééquilibrage des sexes au middle management. Mais aujourd’hui, pour la première fois dans l’histoire du groupe, le conseil d’administration va compter deux femmes. C’est un événement exceptionnel. 

Pour qu’une entreprise fonctionne, elle doit représenter les deux sexes. Est-ce que je serai Directrice générale un jour ? Cela reste à voir. Les gens disent que je ressemble davantage à mon père qu’à mon frère. » Aujourd’hui, environ 25 % des employés à temps plein de Sertem sont des femmes. 

La force de la diversité générationnelle 

La transformation de Sertem fait la part belle aux femmes, mais aussi à la nouvelle génération. Le conseil d’administration compte 5 « aînés » et 5 membres plus jeunes, avec des points de vue très différents sur la restructuration de l’entreprise, la direction principale qu’elle doit prendre et sa manière de communiquer avec les acteurs de la construction, les clients potentiels, les agences gouvernementales, les institutions financières et le reste du monde. Marième Ngom a notamment pour mission de faire connaître Sertem plus largement en tant que « champion local » au Sénégal, mais aussi en Afrique de l’Ouest, à mesure que l’entreprise s’étend dans des pays comme le Mali et la Côte d’Ivoire. 

Le groupe a connu des périodes difficiles et de grands bouleversements, passant des travaux d’électricité au génie civil, puis à l’immobilier haut de gamme, avec de grandes propriétés commerciales comme les hôtels, et maintenant à d’ambitieux projets d’infrastructure publique. « Nous nous positionnons désormais en tant que promoteurs plutôt qu’en tant qu’agents commerciaux », explique Marième Ngom, tout en reconnaissant que cette restructuration pourrait prendre des années. Parmi les projets en cours figurent un gratte-ciel de 16 étages à Dakar, la Tour des Mamelles, et une ligne de train à grande vitesse de 36 km. Le chiffre d’affaires de la société a triplé au cours des 12 derniers mois. 

Léopold Ngom, désormais à la tête du groupe d’actionnaires, continue à s’impliquer activement dans l’entreprise et se range du côté des « aînés ». « Mon père dit tous les jours qu’il veut se mettre en retrait et passer le flambeau », explique Marième Ngom. « Mais la réalité est toute autre et il n’est pas facile pour lui de passer à autre chose. Il a été un excellent leader et tient beaucoup à l’entreprise. Il y a parfois un choc des générations. Ses deux enfants sont dans l’autre camp, et ce n’est pas toujours facile. » 

Faire la différence 

Mère de deux enfants, Marième Ngom est diplômée du MSc International Marketing & Business Development du programme Grande École de la SKEMA Business School en France. Malgré ses réserves initiales, la jeune femme de 35 ans apprécie le rôle qu’elle joue dans le développement de Sertem : « Lorsque j’ai accepté le poste, j’étais consciente du défi, car j’évoluais avant cela chez TotalEnergies, dans un environnement multinational avec des processus très différents. Mon travail est parfois frustrant. Tout repose sur l’esprit d’entreprise, et sur comment le cultiver au quotidien. Malgré les difficultés, je suis fière de faire partie de l’aventure Sertem. 

« Nous œuvrons pour les Sénégalais et pour les Africains en général. Nous avons un impact sur l’économie locale, et nous faisons tout pour performer. C’est ce qui me fait avancer quand j’ai des journées difficiles. Je suis aussi reconnaissante d’avoir mon frère à mes côtés, car nous nous encourageons mutuellement. J’espère que ma petite sœur nous rejoindra un jour. C’est une belle histoire que nous sommes en train d’écrire. »

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