11 Oct 2023 /

L’AFRICA CEO FORUM a organisé en partenariat avec Ecobank l’évènement digital « Invest In Côte d’Ivoire – Economie Numérique »

L’AFRICA CEO FORUM a organisé en partenariat avec Ecobank l’évènement digital « Invest In Côte d’Ivoire – Economie Numérique »

L’objectif du webinaire était de dévoiler et d’examiner les opportunités d’investissement qu’offre la Côte d’Ivoire dans le secteur du numérique. Tour d’horizon avec les personnalités du panel.

Un environnement propice au digital, avec de nombreuses opportunités

Co-fondateur de la fintech Djamo en 2021 avec Hassan Bourgi – qui a réalisé fin 2022 la plus importante levée de fonds pour une start-up  d’Afrique francophone avec 14 millions de dollars -, Régis Bamba évoque les caractéristiques ivoiriennes, propices selon lui au développement du secteur du numérique. “La Côte d’Ivoire se présente comme l’un des marchés les plus propices au développement des affaires numériques, dit-il. Ça peut paraître très trivial de dire ça, mais le fait d’avoir une électricité très stable, une connectivité à Internet de qualité, des smartphones commercialisés à des prix compétitifs et un marché qui est vraiment réactif à l’innovation, ça favorise l’implémentation de solutions numériques, notamment financières.”

Un environnement qui offre aussi de nombreuses opportunités pour Paul-Harry Aithnard, directeur général d’Ecobank Côte d’Ivoire et directeur exécutif UEMOA. “La première opportunité se dessine au niveau des infrastructures, souligne le dirigeant d’Ecobank. Il y a un besoin de moderniser et de renforcer notre parc de stockage de données. La deuxième opportunité, ce sont les sujets liés à la cybersécurité. C’est tellement important pour les entreprises comme pour les particuliers que nous voyons de plus en plus de personnes qui nous proposent des solutions de cybersécurité. Il me semble que c’est une opportunité dans laquelle nous devrions inciter nos jeunes à embarquer massivement. On voit très bien que cette voie va prendre une trajectoire structurelle forte. Enfin, la troisième opportunité – et on y voit de plus en plus d’Ivoiriens -, c’est celle des applications. Celles-ci sont toujours plus nombreuses à être lancées depuis la Côte d’Ivoire. Elles sont liées à l’inclusion financière, ou au commerce électronique.”

PDG de New Digital Africa – notamment fournisseur de services de data centers – Ange Kacou Diagou souligne le développement des capacités ivoiriennes en matière de stockage de données et de cybersécurité. De quoi attirer des investisseurs.

“La souveraineté numérique se joue dans les infrastructures, explique-t-il. C’est ce que nous avons fait depuis quelques années dans nos data centers, en doublant leur capacité. Nous devons être du côté de l’excellence parce que nous sommes sur un marché qui est global, et donc les standards sont internationaux. Nous travaillons d’arrache pied pour obtenir des certifications. Nous avons eu notre toute première en 2015, avec des data centers certifiés ISO 27 001 de technologies d’information. Depuis deux ans, nous avons aussi la certification PCI DSS qui pourrait intéresser à la fois les banques et les fintechs pour leur plan de continuité ou pour la mise en conformité de leurs infrastructures. Des groupes internationaux hôteliers nous confient l’installation de leur serveur sur nos data centers en Côte d’Ivoire. Nous sommes capables d’assurer à partir de la Côte d’Ivoire, et de n’importe quel point, les mêmes types de services que des acteurs internationaux. La certification 27001 est un pré-requis pour être hébergeur de données de santé. L’année prochaine, nous espérons obtenir les certifications ISO 22 301 pour la continuité d’activité, et 20 000 pour les services informatiques.”

Un écosystème fertile en start-ups, une population demandeuse 

Régis Bamba (Djamo) insiste sur le succès de l’application au sein de la population, avec un usage toujours plus élevé. “A Djamo, nous nous considérons comme le champignon de l’inclusion financière, en tout cas sur le segment du produit bancaire. Nous essayons de toucher une population que parfois les banques n’arrivent pas à toucher. En trois ans, et c’est plus important que la levée de fonds, nous avons introduit des produits bancaires novateurs tels que la carte de paiement sans frais, le transfert d’argent entre opérateurs de mobile money, les coffres digitaux pour mettre de l’argent de côté, et plus récemment l’Iban pour recevoir son salaire. Ces produits se montrent pertinents sur le marché. Nous avons franchi le volume transactionnel de 500 milliards de Francs CFA en trois ans, et le cap d’un million de clients. Environ 50 à 60% de nos clients ont eu leur première interaction bancaire via Djamo. Ce qui prouve qu’il y a vraiment des clients à aller chercher.”

Directeur régional adjoint de Proparco pour l’Afrique de l’Ouest, Moustapha Ibrahim Malloum souligne le rôle que peuvent jouer les start-ups en Côte d’Ivoire, en prenant le cas de Meditect dans le domaine de la santé. “Le numérique peut apporter des réponses aux enjeux de développement, indique-t-il. On pense à la santé, à l’éducation, à l’inclusion financière ou au ecommerce. Il y a un certain nombre de start-ups en Côte d’Ivoire qui sont à l’avant-garde. Je prends l’exemple de Meditect dans laquelle Proparco a investi. A travers un logiciel de gestion des pharmacies, Meditect favorise la gestion des stocks et permet d’éviter les ruptures de stocks dans les pharmacies. Dans les zones reculées, quand on a une ordonnance, il faut souvent faire 2 ou 3 pharmacies pour trouver ses médicaments. Meditect permet d’avoir un seuil d’alerte et d’automatiser les commandes pour qu’un médicament en Côte d’Ivoire ne soit jamais en rupture de stock. C’est un exemple concret et très simple du pourquoi le numérique est important.”

Un constat partagé par la présidente et directrice générale de Panelys, Selma Ouiguini, spécialisée dans les services financiers digitaux. “Push fonctionne comme un compte mobile, permet de payer et de se faire payer de manière, simple et flexible. Ça s’adresse à une cible assez large. Pour nous développer, nous avons choisi de nous intéresser aux chaînes de valeur. C’est très exactement ce que nous faisons auprès du Gouvernement ivoirien dans la filière du cacao qui représente un tiers des recettes d’exportation de la Côte d’Ivoire.

Nous apportons des solutions technologiques aux producteurs de café/cacao, premiers maillons de la chaîne de valeur. A partir de la carte qui permet de reconnaître les producteurs, il est possible d’effectuer des ventes de cacao, ou encore de s’assurer de percevoir le bon prix. Tout cela est adossé à un système national de traçabilité qui va permettre de maîtriser le circuit de son origine jusqu’à son exportation. C’est un exemple concret d’un impact social pour les producteurs qui évoluent dans un milieu rural et sont défavorisés avec un accès limité aux services de base.”

Des accompagnements directs et indirects existent

Le secteur des start-ups essaye de s’organiser, ce que confirme Paul-Harry Aithnard d’Ecobank. “Ce que nous essayons de faire en Côte d’Ivoire, c’est de nous organiser en tant qu’écosystème autour des start-ups, du secteur digital et des fintechs. Nous avons créé une association qui s’appelle La Côte d’Ivoire Fintech Association. L’objectif est de créer le réseau, les connections pour que l’on se comprenne et s’organise mieux entre les banques, les assureurs, les fintechs et les acteurs des infrastructures. L’exercice autour du financement est difficile, il ne faut pas se mentir. Cet exercice n’a jamais été réussi dans des pays émergents au bout de quelques années.

Le premier sujet, c’est que pour financer l’innovation, il n’y a pas besoin de dettes et de financements bancaires. Il faut des fonds propres, et ces fonds propres, il faut aller les chercher là où ils sont, auprès d’investisseurs africains. En cela, notre association est importante, car elle va accompagner les start-ups pour aller parler aux investisseurs africains. Il faut aussi organiser ces acteurs pour aller voir les investisseurs internationaux, car ce n’est pas la même conversation quand on arrive à des niveaux de séries A, B, C, D voire E. Ce sont vraiment des sujets complexes, et il faut être prêt. Nous, en tant que banque, nous ne sommes pas des apporteurs de fonds propres, mais nous pouvons aider.”

Proparco est également un acteur important de l’accompagnement des start-ups (direct ou indirect) avec la présence d’une quinzaine de personnes au bureau d’Abidjan. “Nous travaillons en direct, en investissant dans les start-ups, ou en indirect, qui représente une grande partie de notre activité, explique Moustapha Ibrahim Malloum de Proparco. Sur la partie indirecte, nous nous positionnons comme investisseur dans des fonds d’investissement qui vont venir prendre des participations dans les entreprises. Le levier pour nous, et c’est une activité en forte croissance, c’est de pouvoir se reposer sur la capacité de déploiement de ces fonds. Nous sommes investisseurs dans la plupart des fonds actifs en Côte d’Ivoire. Avant de chercher à lever des fonds, il faut comprendre par quoi ces fonds sont intéressés. Une fois que l’on a l’information, on peut contacter les fonds. C’est assez facile, les gens sont assez joignables dans cet écosystème.”

L’ambition de Proparco est de favoriser l’accroissement des start-ups. “En direct, notre volonté, c’est vraiment de permettre l’émergence des start-ups, dans une vision de régionalisation et de dépasser leur propre marché, poursuit Moustapha Ibrahim Malloum. C’est tout le sens de Julaya ou de Meditect. A travers notre filiale Digital Africa, nous pouvons financer des start-ups avec le fonds Fuzé, de 20 000 à 50 000 euros pour des start-ups qui n’ont pas de revenus. C’est un process digitalisé, il est possible de candidater en ligne.

Pour les pré-séries A, là où l’entreprise commence à générer des revenus et a besoin de fonds pour continuer d’en générer, nous continuons à investir en dette ou en investissement. La dette, c’est en quelque sorte de la dette convertible, du prêt qui a peut-être pour raison d’être converti en prises de participation dans l’entreprise. Nous investissons des tickets entre 200 000 et 600 000 euros dans des entreprises réalisant déjà un chiffre d’affaires annuel d’au moins 200 000 euros, en équivalent CFA.”

Visionnez l’évènement digital :

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