Pourriez-vous vous présenter, nous parler de votre parcours et de ce que représente le service public pour vous ?
Je m’appelle ENOH TONYE Marc Olivier. Je suis un fonctionnaire camerounais travaillant dans le domaine des finances souveraines et de la politique de développement. Je suis titulaire de licences en Économie et en Sciences Politiques de l’Université du Michigan, ainsi que d’un Master en Économie de l’Université Clermont Auvergne.
Depuis 2013, je travaille à la Caisse Autonome d’Amortissement, l’institution publique sous tutelle du Ministère des Finances chargée de gérer le portefeuille de la dette souveraine du Cameroun et d’appuyer le financement des grands projets de développement. J’occupe actuellement le poste de Conseiller Principal auprès de la Direction Générale de l’institution, avec un accent particulier sur la mobilisation des financements, la gestion des risques, la gestion de projets, le développement des marchés de capitaux et le renforcement institutionnel.
Le service public a toujours eu une signification profonde pour moi, peut-être parce que je viens d’une famille où plusieurs générations ont servi l’État. Avec le temps, cependant, ma compréhension du service public a évolué au-delà de la tradition. Aujourd’hui, je le perçois avant tout comme un levier efficace pour contribuer de manière significative à la société et améliorer concrètement la vie des gens.
L’un des privilèges de mon travail est que son impact est souvent visible. Lorsque vous participez à la structuration de financements pour des routes, des infrastructures énergétiques, l’accès à l’eau, des hôpitaux ou des écoles, vous êtes témoin de la transformation directe des communautés : une meilleure mobilité, des opportunités économiques élargies, de meilleures conditions de vie et un optimisme renouvelé chez les citoyens. Ces moments donnent un sens réel au travail.
Pour moi, le service public n’est donc pas simplement une fonction administrative. C’est la responsabilité de mettre ses connaissances, sa discipline, sa créativité et son énergie au service du bien commun, avec intégrité et en gardant constamment le cap sur des résultats concrets en matière de développement.
Qu’est-ce qui vous a initialement attiré vers le service public, et qu’est-ce qui vous motive à poursuivre cet engagement aujourd’hui ?
Au départ, je dirais que mon environnement familial a joué un rôle important. J’ai grandi entouré de personnes dans le service public, aussi l’idée de servir l’État me semblait naturelle dès mon jeune âge.
Ce qui me motive aujourd’hui, cependant, est quelque chose de bien plus profond : voir de première main comment l’action publique peut transformer positivement des vies. Au fil des années, j’ai travaillé sur des montages de financement pour des projets de développement dans des secteurs tels que les infrastructures, l’énergie, l’eau, les transports, la santé et l’éducation. Lorsque ces projets se concrétisent et que les citoyens en bénéficient directement, cela renforce le sens du travail que nous accomplissons.
C’est ce qui continue de me porter chaque jour. Je suis motivé par l’impact, par l’exécution, et par l’idée que des politiques publiques et des mécanismes de financement bien conçus peuvent créer des opportunités durables pour les communautés.
J’apprécie également la dimension intellectuelle de mon travail. Mes responsabilités actuelles se situent à l’intersection de l’économie, de la finance, de l’innovation et des politiques publiques. Elles requièrent rigueur analytique, prévision, structuration financière, analyse des marchés et interaction avec des institutions financières internationales et des investisseurs. Cette combinaison de sophistication technique et de finalité développementale rend le service public particulièrement porteur de sens pour moi.
Par ailleurs, je crois fermement que le service public moderne doit rester ouvert à l’innovation, à la coopération et aux nouvelles idées. La créativité et l’ouverture d’esprit sont de plus en plus essentielles pour résoudre des défis publics complexes, tout en respectant les institutions, les cadres juridiques et les procédures établies.
En tant qu’acteur engagé, que signifie pour vous le leadership dans le service public, et comment cela façonne-t-il votre manière de servir ?
Je préfère aborder le leadership dans le service public avec humilité. Plutôt que de me percevoir comme un « leader » au sens traditionnel du terme, je me vois comme quelqu’un à qui l’on confie des responsabilités qui exigent intendance, discipline et redevabilité.
Le leadership public, pour moi, est fondamentalement une question de service et de responsabilité. Les mandats publics sont temporaires, et durant ce temps limité, on a le devoir de contribuer avec sérieux, professionnalisme et intégrité.
Les institutions publiques opèrent partout dans des environnements qui peuvent être complexes : priorités concurrentes, contraintes bureaucratiques, sensibilités politiques et limites de ressources. Un leadership public efficace requiert donc patience, coopération, discernement et capacité à naviguer dans la complexité sans perdre de vue l’intérêt public.
Dans mon propre travail, je m’efforce de rester concentré sur les résultats et l’exécution. Je crois que les idées n’acquièrent de valeur que lorsqu’elles sont effectivement mises en œuvre et menées à terme. Je crois également profondément au respect institutionnel c’est-à-dire le respect de la hiérarchie, des lois et règlements, et de la mission collective de l’institution que l’on sert.
Un autre aspect important pour moi est le renforcement institutionnel. Dans le service public, il peut parfois y avoir trop d’accent mis sur la réussite individuelle et pas suffisamment d’attention accordée au renforcement des institutions. L’impact durable advient lorsque les institutions elles-mêmes deviennent plus efficaces, plus crédibles et plus résilientes au fil du temps.
Quelles sont les valeurs ou les principes qui sont non négociables pour vous dans l’exercice de vos fonctions ?
Deux principes me tiennent particulièrement à cœur : l’intégrité et l’exécution.
Dans mon rôle actuel de conseiller principal auprès de mon Directeur Général, j’ai à la fois une responsabilité professionnelle et éthique de fournir les analyses les plus rigoureuses, objectives et sincères possible sur les dossiers qui me sont confiés, quelles que soient les sensibilités qui les entourent. Je crois que les décideurs ont besoin d’évaluations claires et honnêtes, y compris sur les implications, les risques et les compromis associés aux différentes options.
Dans le service public, chacun a un rôle à jouer. Certains fournissent une analyse technique et un éclairage stratégique, d’autres arbitrent entre les options, et d’autres encore prennent finalement les décisions. Ma responsabilité est donc de contribuer avec sérieux, honnêteté intellectuelle et discernement, afin que la direction puisse prendre les décisions les plus éclairées possible dans l’intérêt public.
Je mets également un accent très fort sur l’exécution. Lorsqu’une responsabilité m’est confiée, je crois qu’elle doit être poursuivie avec discipline et menée à terme, sans raccourcis et sans perdre de vue l’impact visé. Le service public opère souvent sous contraintes, avec des priorités concurrentes et dans l’urgence, mais j’ai appris que l’action différée peut parfois réduire la valeur et l’efficacité d’idées pourtant bonnes.
En même temps, l’exécution ne doit jamais se faire au détriment de la discipline institutionnelle. Je valorise fortement le travail d’équipe, la coopération, le respect de la hiérarchie, l’adhésion aux lois et aux normes, et la loyauté envers les institutions que nous servons. La confiance publique se construit non seulement à travers les résultats, mais aussi par l’intégrité du processus utilisé pour les atteindre.
Enfin, je m’efforce de rester ouvert d’esprit et innovant dans mon approche du travail. Les institutions publiques opèrent aujourd’hui dans un environnement de plus en plus complexe et en rapide évolution, c’est pourquoi la créativité, l’ouverture et l’innovation deviennent des qualités essentielles pour un service public efficace.
Pouvez-vous partager un changement, une réforme ou une initiative spécifique que vous avez contribué à façonner dans le service public, et pourquoi cela vous tient-il à cœur ?
Le service public est fondamentalement un travail collectif, aussi j’essaie généralement d’éviter de personnaliser les réformes ou les initiatives. La plupart des résultats publics significatifs sont le fruit d’efforts coordonnés impliquant des institutions, des équipes techniques et une direction à plusieurs niveaux.
Ce que je peux dire, c’est que j’ai eu l’opportunité de contribuer à plusieurs initiatives stratégiques de financement et de développement dont la mise en œuvre a produit un impact économique et social tangible. Pour moi, ce qui compte le plus n’est pas la reconnaissance individuelle, mais de savoir si le travail améliore finalement la vie des citoyens et renforce les institutions publiques.
Je reste profondément reconnaissant de la confiance placée en moi par mon institution et par la direction au fil des années. Cette confiance m’a permis de contribuer à des missions complexes requérant rigueur technique, coordination et réflexion à long terme.
En définitive, je crois que le service public doit rester centré sur les résultats plutôt que sur les personnalités. Le progrès durable est toujours le fruit d’institutions travaillant efficacement ensemble.
Lorsque vous pensez à la mise en œuvre et à l’impact, à quoi ressemble le succès d’un service public significatif pour les citoyens que vous servez ?
Le succès d’un service public significatif se mesure en dernière analyse par les améliorations apportées à la vie quotidienne des gens.
Pour les citoyens, le succès signifie de meilleures infrastructures, un meilleur accès à l’éducation et aux soins de santé, davantage d’opportunités économiques, une plus grande sécurité, des institutions plus solides, et le sentiment que l’action publique répond véritablement à leurs aspirations.
Dans mon propre domaine, l’un des aspects gratifiants est que l’impact développemental est souvent visible avec le temps. Une structure de financement ou une réforme économique peut initialement paraître très technique, mais derrière elle se trouvent des routes qui relient des communautés, de l’électricité qui arrive dans les foyers, des hôpitaux qui servent des patients, des entreprises qui se développent, ou des agriculteurs qui accèdent aux marchés plus efficacement.
Je crois qu’il ne peut y avoir de développement durable sans des fondations économiques solides. Le service public a donc la responsabilité non seulement de gérer les ressources de manière responsable, mais aussi de créer les conditions d’une croissance à long terme, de la productivité et d’une prospérité partagée.
Pour moi, le succès significatif, c’est lorsque les citoyens peuvent véritablement sentir que les institutions publiques améliorent leurs opportunités, préservent leur dignité et les aident à construire un avenir meilleur avec confiance.