15 Jun 2022 / Article

Infrastructures : Le secteur privé doit s’impliquer en devises locales

 

L’Afrique est en plein chantier, avec une participation financière locale de moindre envergure. Il est temps, pensent les bailleurs de fonds, que les investisseurs locaux jouent leur partition.

En mobilisant les vastes ressources disponibles, en encourageant les banques locales à s’investir, et en définissant clairement – et selon les capacités locales – les types de ressources et de partenaires à même de satisfaire les investisseurs internationaux, les Etats africains relèveraient de défi des infrastructures à fort potentiel économique sur le continent. Lesquelles devraient permettre de booster la coopération interafricaine, réduire la pauvreté et surtout opérer une transformation à la dimension des besoins réels du continent.

 

Cela, James Woodward, responsable Transport et Infrastructures à KPMG in Africa, Tariye Gbadegesin, Ceo de Arm Harith, Thierry Déau, Ceo de Meridiam et John Gandolfo, vice-président et trésorier de la Société financière internationale (Sfi), en sont convaincus. Et ils ont eu l’occasion d’argumenter leur opinion au premier jour de l’Africa Ceo Forum 2022 qui s’est ouvert, le 13 juin, à Abidjan.

 

Le panel à la salle Dakar sur le thème « Infrastructures / Grands projets : comment africaniser les investissements ? » leur a donné l’occasion de se prononcer sur le sujet. Certaines institutions financières internationales ont déjà emprunté le chemin de la collaboration avec les banques du continent qui ont participé à des projets en monnaies locales. Et les exemples ne manquent pas. Que ce soit au Nigeria ou encore au Kenya, plusieurs projets structurants ont été réalisés en partenariat avec les banques locales, mais surtout en monnaie locales.

 

Tariye Gbadegesin et John Gandolfo illustrent cette réalité avec des cas d’investissements importants dans certains pays. Il importe, selon les experts, que les investissements dans les grands projets infrastructurels sur le continent portent la marque des bénéficiaires. Ceux-ci doivent se réapproprier le développement de leurs pays à travers un engagement effectif et fort du secteur privé ou dans un partenariat public-privé fructueux. Cela, d’autant plus que les investissements étrangers, directs ou non, ne peuvent à eux seuls suffire au bonheur des populations.

 

Des freins à l’investissement africain, mais…

 

Les bailleurs de fonds internationaux sont dans une dynamique de long terme quant aux prêts et leur remboursement. Tandis que les banques nationales sont dans une dynamique de court terme. Tous les intervenants sont unanimes sur le fait que les conditions de prêt et de remboursement ne sont pas toujours abordables pour les économies africaines, en général. C’est Thierry Déau, CEO de Meridiam, qui, le premier, explicite : « Les banques africaines ont une vision à court terme. Elles ne prêtent pas sur le long terme. » Or, conclut-il, « c’est sur le long terme qu’il y a l’argent ». Beaucoup d’aspects doivent donc être aplanis. C’est le cas notamment du facteur risque qui reste élevé dans beaucoup de pays, vue l’instabilité politique permanente. L’environnement des affaires reste encore à revoir pour nombre d’entre eux ; à cela, viennent s’ajouter l’incapacité des banques à prêter sur le long terme, le taux d’inflation élevé, le retour sur investissement qui n’est pas toujours à la hauteur des espérances des bailleurs, le taux de rentabilité, bref.

 

Les obstacles sont encore nombreux. Mais qu’importe, il faut miser sur l’Afrique. « A travers des fonds comme Meridiam, les institutions européennes sont déjà très impliquées en Afrique. Aujourd’hui, ce sont 6 milliards de dollars d’investissement sur le continent, grâce à l’aide des fonds de pension et des compagnies d’assurance européens. Il nous faut maintenant collaborer avec les institutions locales. Nous collaborons aujourd’hui avec les fonds publics stratégiques, comme le Fontsi au Sénégal, le GIS au Gabon. Mais on aimerait davantage travailler avec des fonds de pensions locaux, des assureurs locaux qui puissent venir contribuer au financement », note M. Déau.

 

A l’instar de Tariye Gbadegesin, tous ont convenu qu’il est plus que nécessaire que des investissements étrangers viennent s’adjoindre aux privés africains pour une transformation structurelle notable du continent, car l’Afrique, c’est le continent de tous les espoirs. A preuve, James Woodward indique en termes de conclusion : « les capitaux se dirigent vers l’Afrique. »

 

Firmin NDri Bonfils

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