15 Juin 2022 / Article

Quelles conditions pour une Afrique plus indépendante économiquement ?

Au moment où la transformation structurelle des économies africaines est au cœur du débat sur le développement de l’Afrique, la 8e édition de l’Africa Ceo Forum ouvert, le 13 juin, à Abidjan, se penche sur la question de la souveraineté économique du continent.

Le sujet est d’autant plus crucial que l’Afrique dépend à 84% du reste du monde en ce qui concerne ses échanges commerciaux. Le panel d’ouverture qui a traité la question a mobilisé des intervenants de haut niveau dont le président du Ghana, Nana Akufo-Addo, le vice-Président du Nigeria, Yemi Osinbajo et le directeur général de la Société financière internationale (Sfi), Makhtar Diop.

Cette session a servi de tribune pour discuter des conditions nécessaires à la réduction de la dépendance de l’Afrique vis-à-vis de l’extérieur et à la traduction en actes de l’ambition des Chefs d’Etat d’engager résolument leurs pays sur la voie de l’émergence.

Le Président du Ghana, Nana Akufo-Addo, a indiqué que les Etats africains ont compris la nécessité de s’attaquer à un certain nombre de points de faiblesse de leurs économies avant de prétendre à l’indépendance économique voire à l’émergence.

Au nombre de ces préoccupations, il a déploré la préférence des Africains pour les produits importés. « Il faut produire ce que nous utilisons, ce que nous consommons », a déclaré le chef de l’Etat ghanéen.

Pour relever ce défi, il affirme qu’il faut développer des pôles capables de booster la transformation économique du pays et favoriser l’éclosion de champions nationaux dans des domaines tels que l’agriculture, l’agro-industrie, l’énergie et l’industrie.

Dès son accession au pouvoir, Nana Akufo-Addo a mis en œuvre une politique reposant sur quatre axes essentiels, à savoir l’éducation, avec un accent sur l’enseignement technique et la recherche scientifique ; l’appui au secteur privé à travers des structures étatiques d’encadrement ; le renforcement du secteur privé appelé à jouer un rôle de premier plan dans la création d’emplois et de richesse ; et enfin la création des conditions d’une économie prospère.

« C’est la même chose qui est faite en Côte d’Ivoire, la preuve que nous avons compris que c’est une politique concertée de transformation de nos économies qui doit être mise en œuvre. Malgré la crise du Covid-19, le Ghana a réalisé un taux de croissance de 6% en 2021 », a affirmé le Président ghanéen.

Le pays met l’accent sur la consolidation des fondamentaux de son économie, notamment le développement du capital humain en tenant compte surtout des besoins de chaque secteur d’activité. Un autre point, c’est l’efficacité de la politique publique.

Mobiliser davantage de ressources fiscales

Sur la question de la consommation, la préoccupation du Président ghanéen est partagé par Kate Kanyi Tometi Fotso, Ceo de Telcar Cocoa, qui déplore que « les Africains ne

consomment que ce que les autres produisent. Ils viennent chercher nos matières premières et nous les ramènent transformés. »

Pour elle, il est temps pour les Africains d’aller au-delà de la rhétorique pour poser des actes concrets, avec l’implication non pas seulement des gouvernants et des entreprises, mais de tous. « Nous devons changer de mentalité, être ouverts, ne pas rester dans une seule zone de l’Afrique, créer de vastes marchés et créer des opportunités », a-t-elle suggéré.

Egalement optimiste, le vice-Président du Nigeria, Yemi Osinbajo, affirme que des efforts sont faits même s’ils restent embryonnaires à l’échelle du continent. Il considère comme prioritaires, entre autres, les domaines de l’agriculture, l’énergie et des infrastructures. Soulignant principalement l’importance d’assurer la sécurité alimentaire et l’autosuffisance énergétique, le vice-Président nigérian s’est réjoui que les actions initiées dans son pays en vue d’atteindre ces objectifs portent des fruits. Au niveau agricole, le Nigeria a beaucoup accru sa production de riz, de céréales, et de tubercules (igname, manioc) dont le pays est un grand consommateur.

Concernant le chantier de l’autosuffisance énergétique, Yemi Osinbajo a rappelé que le Nigeria est riche en hydrocarbures. Il dispose d’une réserve de 200.000 m3, « largement au-delà de ses besoins ». Mais, il pense qu’il faut être prudent avec le concept de souveraineté économique.

« On ne peut plus utiliser uniquement les fondamentaux territoriaux ; il faut coopérer avec le système fiscal au plan international pour tirer profit des différents investissements. Nous devons avoir l’œil sur ce qui se passe à l’intérieur, sans perdre de vue les pratiques internationales », a déclaré le vice-président du Nigéria.

Produire en quantité et être compétitifs

Pour sa part, le directeur général de la Sfi, Makhtar Diop, a affirmé que « tant que nous n’arrivons pas à produire en quantité et être compétitifs, nous n’arriverons pas à l’indépendance économique tant souhaitée. Il faut donc créer les conditions pour aller de l’avant ».

Dans ce sens, la Sfi a décidé d’investir dans les meilleures techniques de production, surtout dans le domaine agricole. S’appuyant sur l’exemple du système financier où les Africains font aujourd’hui de bonnes affaires, Makhtar Diop soutient que la question de l’alimentation doit être l’objet d’une volonté politique affichée.

En ce qui le concerne, Patrick Beguir, Ceo de Instadeep, il a souligné le rôle clé du secteur financier dans le développement du continent. Au-delà, il conseille de mettre l’accent sur les technologies et les hommes dans un continent qui est assez jeune, selon les données de la Banque mondiale. Il voit en ce trait de la démographie africaine une source d’opportunités mais aussi de défis. « Il faut donner un savoir-faire aux jeunes qui constituent les 2/3 de la population, être flexible pour leur montrer le chemin et faire d’eux le socle du dynamisme du continent d’ici 2050 », a-t-il plaidé.

EMMANUEL AKANI

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