30 Août 2022 / Rapport

« La Finance climat : catalyseur potentiel de la croissance Africaine »

 

Comment la finance climat peut-elle accélérer l’accès universel à l’électricité et la transition énergétique de l’Afrique ? Intitulé « Six recommandations clés sur la finance climat pour la croissance Africaine » la première édition du rapport coréalisé par l’AFRICA CEO FORUM et le cabinet PHILAE ADVISORY dévoile une série de préconisations pragmatiques. Fruit d’une série d’entretiens exclusifs avec des décideurs clés du secteur – Dr Kevin Kariuki, vice-président électricité, énergie, climat et croissance verte, BAD ; Linda Munyengeterwa, Directrice Partenariats public-privé & conseil en financement d’entreprise, IFC ; Vuyo NtoI, Directeur général adjoint, AIIM ; Jonathan Hoffman, Chief Development Officer, Globeleq; Mathieu Peller, Associé, Meridiam ; etc… – le rapport est également enrichi d’analyses approfondies et d’études de cas.

Téléchargez le rapport en entier (version anglaise)

Recommandation 1 : Planification réaliste et réglementations attractives

Sur le continent, les plans nationaux pour l’accès universel à une électricité abordable de qualité sont encore trop superficiels et irréalistes. Outre la production, la planification doit également prendre en compte le reste de la chaîne de valeur de l’électricité (transport, distribution ainsi que le hors-réseau), afin d’assurer son bon acheminement vers les consommateurs finaux. Une planification intégrée, qui identifie de manière précise et réaliste la demande potentielle, devrait permettre d’augmenter la part des énergies renouvelables, d’améliorer la fiabilité de l’approvisionnement et de réduire les coûts. Parallèlement à une planification rigoureuse, la mise en place de cadres réglementaires appropriés, incluant notamment une méthode de fixation des tarifs et d’attribution des licences, est primordiale. Et attendu que près de 70 % de la future production d’électricité en milieu rural proviendra de solutions hors réseau, une réglementation spécifique au secteur s’impose.

 

 

Comme le montre l’indice annuel de réglementation de l’électricité de la BAD, les performances moyennes en matière de réglementation ne s’améliorent que marginalement. 33 % des pays étudiés ne disposent pas de méthodes de fixation des tarifs. Dans 40 % des pays examinés, il n’existe pas de cadres simplifiés ou de procédures d’autorisation pour les systèmes hors réseau de petite taille.

 

Recommandations 2 & 3 : Structurer les projets en amont et atténuer les risques pour attirer les investisseurs privés

Une mobilisation accrue de l’épargne mondiale est nécessaire pour répondre au besoin de financement de l’électrification de l’Afrique, estimé à 25 milliards de dollars par an jusqu’en 2030. Aujourd’hui, seuls 10 % des projets d’infrastructure parviennent au stade de la clôture financière. Il y a plusieurs raisons à cela : absence de planification réaliste à long terme, études de faisabilité et plans d’affaires incomplets, etc. Les Institutions Financières de Développement (IFD) ont à cet égard un rôle clé à jouer. D’abord en renforçant l’assistance aux gouvernements pour leur permettre d’investir dans la phase amont de préparation des projets. Mais aussi en favorisant le développement d’instruments de financement mixtes, par exemple en offrant des garanties de première perte. Elles agiraient ainsi comme catalyseurs d’investisseurs capables de soutenir les rendements et d’atténuer les risques, attirant ainsi les financements privés.

 

La surreprésentation des financements publics (gouvernements, IFD et services publics d’État) dans les flux de financement climatique révèle un manque d’investissements privés en Afrique : le ratio public/privé est de 8,5, le plus élevé au monde.

 

Recommandation 4 : Maximiser le potentiel des crédits carbone

Les crédits carbones sont des actifs qui valorisent l’évitement, la réduction ou l’absorption des gaz à effet de serre, que les acheteurs utilisent généralement pour compenser leurs propres émissions de CO2. Ils constituent une source de financement supplémentaire pertinente pour les investissements nécessaires à une croissance décarbonée. La demande mondiale de crédits carbone devrait être multipliée par 15 entre 2020 et 2030, passant d’environ 100 millions à 1,5 milliard de tonnes d’équivalent CO2 réduites ou évitées. Une meilleure intégration des pays africains dans les marchés volontaires internationaux du carbone est donc nécessaire tout comme une coopération juste avec les pays développés dans le cadre du nouvel article 6 de l’Accord de Paris. Clarifier, faciliter le processus de certification et proposer des outils de préfinancement des crédits carbones sont des moyens de soutenir l’accès des développeurs de projets à ces marchés.

 

L’Afrique est très en retard en termes de volume de crédits carbone provenant de sources d’énergie renouvelables. Le continent doit exploiter les flux de revenus associés à ces crédits afin d’augmenter son taux d’accès à l’électricité.

 

Recommandation 5 : Faire du gaz une ressource de la transition énergétique

Le gaz devrait être considéré comme une énergie de transition en Afrique pour plusieurs raisons. Tout d’abord, la production d’électricité à partir du gaz permet de compenser l’intermittence de la production provenant des énergies renouvelables et contribue ainsi à renforcer leur place dans le mix énergétique. L’autre atout du gaz naturel réside dans le fait qu’il génère moitié moins d’émissions de carbone que le charbon. La contribution des grands acteurs du financement de projets (publics comme privés) est essentielle, à condition que ces projets soient inclus dans les Contributions Déterminées au niveau Nationale (CDN) et démontrent leur capacité à s’inscrire dans une trajectoire à faible émission de carbone.

 

 

Le continent dispose de nombreuses ressources gazières sous-exploitées ou inexploitées, en plus d’importantes découvertes récentes dans toutes les régions. Mais le financement des projets de production de gaz ou de la production d’électricité par des centrales au gaz est devenu de plus en plus difficile en Afrique.

 

Recommandation 6 : Investir dès maintenant dans le stockage de l’électricité et l’hydrogène vert

Le stockage de l’électricité permet quant à lui d’optimiser l’utilisation et l’efficacité du réseau électrique. Afin de mobiliser davantage de fonds pour des investissements dans le stockage, un cadre réglementaire spécifique doit être mis en place. Dans le même temps, les autorités doivent accélérer l’émergence d’une industrie de l’hydrogène produit à partir d’énergies renouvelables en créant, dès aujourd’hui, des cadres appropriés. En particulier, en aidant à surmonter les obstacles économiques initiaux, notamment liés au financement des infrastructures de production et de transport. Un ensemble de politiques telles qu’une tarification robuste du carbone ou la facilitation de l’obtention des droits fonciers et des autorisations et permis environnementaux sont d’une importance capitale. Les institutions financières de développement, par la mise en place de financements innovants, de garanties et d’assistances techniques auprès des autorités, ont, là encore, un rôle prépondérant à jouer dans cette ambition.

 

Selon les prévisions de Bloomberg New Energy Finance, l’hydrogène à faible teneur en carbone, appelé hydrogène vert, pourrait représenter jusqu’à 22 % de la consommation énergétique mondiale d’ici à 2050. Le continent africain a le potentiel de produire à grande échelle un hydrogène à prix compétitif.

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