21 Avr 2021 / Article

Harmoniser les réglementations pour dynamiser la fintech en Afrique

Lors du panel « Essor des fintech : comment encadrer sans décourager ? » qui s’est tenu au cours de l’Africa Financial Industry Summit (10 et 11 mars), les intervenants ont plaidé en faveur de la mise en place d’un environnement réglementaire plus favorable et mieux harmonisé afin de créer une culture d’innovation durable et d’aider les fintechs à étendre leur empreinte sur le continent.

 

Au cours de la dernière décennie, l’Afrique s’est progressivement imposée comme le leader mondial des services financiers mobiles. L’écosystème africain des startups a été largement porté par les fintechs, qui ont représenté environ 25 % des financements attirés par les startups en 2020. Cependant, une grande partie du succès du continent reste concentrée sur des marchés tels que le Nigeria, l’Égypte, l’Afrique du Sud et le Kenya. Parmi les autres pays émergents, figurent le Ghana, le Sénégal et la Côte d’Ivoire en Afrique de l’Ouest, où les gouvernements font preuve d’un fort engagement en faveur de la croissance du secteur.

Si les fintechs ont contribué à accélérer l’inclusion financière sur un continent où l’on ne compte que cinq agences bancaires pour 100 000 personnes, contre 13 dans d’autres régions du monde, leur croissance s’accompagne d’un certain nombre de risques. Raison pour laquelle les réglementations restent restrictives et freinent la croissance sur des marchés comme le Maroc et la Tunisie, et ce malgré des initiatives encourageantes.

 

Dans cette optique, des experts du secteur financier présents à l’Africa Financial Industry Summit ont appelé, lors d’un panel intitulée Essor des fintech : comment encadrer sans décourager ?, à la mise en place d’un environnement plus favorable et d’une harmonisation des réglementations financières afin de créer une culture d’innovation durable et d’aider les fintech à étendre leur empreinte en Afrique.

« Il est manifeste que les fintechs disposent d’un potentiel de croissance immense en Afrique si l’on considère l’énorme population non bancarisée. La gamme de services offerts a évolué, ayant commencé par des services de base comme les paiements, puis progressant vers des prêts personnels, des solutions d’assurance, etc. Les fintechs seront cruciales pour l’inclusion financière et leur impact socio-économique significatif », a déclaré Zied Loukil, Associé & Responsable pour le secteur bancaire en Afrique et au Moyen-Orient chez Mazars.

 

Selon Olugbenga GB Agboola, fondateur et PDG de Flutterwave, une fintech nigériane qui a rejoint le club restreint des licornes africaines, le Kenya et la success-story M-Pesa représente l’exemple à suivre : « M-Pesa est tout simplement la plus grande innovation en matière de fintech ou de paiements mobiles en Afrique, et ce succès peut être en partie attribué à un environnement réglementaire favorable », a-t-il déclaré.

Néanmoins, le gouverneur de la Banque centrale du Kenya, Patrick Ngugi Njoroge, présent sur le panel, a rejeté le concept « d’innovation contre réglementation » : « En tant que régulateurs, nous avons la responsabilité d’assurer la protection des consommateurs, des épargnants, la transparence, etc. Ces aspects sont fondamentaux. Ainsi, lorsqu’un innovateur propose un produit comme M-Pesa, nous évaluons l’écosystème et les risques qui y sont associés. »

Et d’ajouter : « À la Banque Centrale du Kenya, nous adoptons une approche proactive et examinons le modèle commercial qui nous est présenté. Nous nous demandons s’il est adapté à l’objectif et comment les risques sont pris en charge. Le consommateur doit être protégé. Mais cela ne signifie pas que la réglementation doit entraver la croissance ou que les fintechs doivent avoir les mêmes exigences de capital que les banques commerciales. L’objectif est qu’en posant des questions fondamentales, nous régulions ou minimisions les risques et que les acteurs puissent proposer de meilleurs produits qui serviront les consommateurs et contribueront à la croissance du secteur des services financiers. »

 

Au fur et à mesure que le secteur des fintechs s’est développé, davantage de partenariats stratégiques ont vu le jour entre les banques traditionnelles, les opérateurs mobiles et les fintechs, confirmant les synergies existantes entre les modèles économiques et un intérêt commun à travailler ensemble. Les acteurs tirent également parti de nouvelles technologies telles que l’analyse de données, l’intelligence artificielle dans les solutions d’évaluation du crédit ou la blockchain.

« Auparavant, les banques commerciales considéraient les fintechs comme une menace qu’elles ne comprenaient pas, mais le nombre de réglementations existantes empêchent les prêteurs traditionnels d’innover aussi rapidement », note Bola Adesola, Vice-Présidente Senior pour l’Afrique à la Standard Chartered Bank.

« Elles se tournent donc maintenant vers les fintechs et cherchent comment collaborer avec elles. Une grande partie de leurs gains d’efficacité potentiels se trouvent dans le périmètre où les fintechs opèrent. Chez Standard Chartered, nous avons une unité dédiée qui explore les possibilités de partenariat avec les entreprises fintech », a-t-elle ajouté.

 

Il est important de noter que « si des progrès ont été réalisés, il reste encore beaucoup à faire pour accélérer la croissance des fintechs en Afrique », selon Zied Loukil. Dans de nombreux pays, la réglementation n’a pas encore évolué pour intégrer les spécificités de la fintech. De même, une plus grande coopération est nécessaire au niveau continental, ainsi qu’une interopérabilité avec le reste du monde, dont l’absence constitue une limite aux transferts d’argent internationaux de la diaspora africaine.

« L’évolution de l’environnement réglementaire sera cruciale pour la poursuite du développement et l’accès à ces services innovants. Ces nouvelles technologies présentent des opportunités, mais aussi des risques. Toutes les parties prenantes doivent bénéficier autant que possible de l’impact économique et social substantiel des fintechs dans un environnement de croissance contrôlée et durable », a expliqué le représentant de Mazars.

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