21 Oct 2021 / Article

Protectionnisme, guerres commerciales : comment l’Afrique peut tirer son épingle du jeu ?

Avec comme symbole la rivalité croissante entre les États-Unis et la Chine, le monde est entrée dans une nouvelle ère de guerres commerciales. Indirectement touchée, l’Afrique doit composer avec ses faiblesses internes.

 

La vulnérabilité du continent aux chocs externes vient principalement du manque de diversification de ses économies et d’une faible intégration dans les chaînes de valeur mondiale. Si de nombreux pays d’Asie et d’Amérique latine ont vu leurs exportations augmenter suite aux tensions commerciales, les économies africaines ont, elles, souffert.

 

Malgré ce contexte, l’Afrique a de nombreuses opportunités à saisir. À l’occasion de l’édition digitale de l’Africa CEO Forum, plusieurs experts se sont exprimés sur le sujet lors du panel d’ouverture intitulée « L’Afrique à l’ère des nouvelles guerres commerciales ».

 

Les pays africains progressent déjà collectivement vers l’autonomie et la diversification économique, notamment grâce à la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) entrée en vigueur en janvier 2021. Elle devrait augmenter le commerce intrarégional de 33 % et attirer les investisseurs vers ce marché de 1,3 milliard de personnes.

 

Vers une croissance locale portée par les consommateurs

 

Pour Rania Al-Mashat, ministre égyptienne de la Coopération internationale, « la Zlecaf est un moteur de progrès. En Afrique, le commerce intérieur est très faible par rapport à l’Europe ou à l’Asie. Il faut développer notre marché en tirant parti de notre principal atout, à savoir une population jeune et nombreuse. »

 

Selon Stephanie von Friedeburg, Vice-Présidente Senior Opérations à l’IFC (International Finance Corporation), l’Afrique doit augmenter son commerce intérieur pour être moins vulnérable aux risques externes : « Au moins 150 millions de personnes rejoindront la classe moyenne dans les dix prochaines années. L’Afrique peut donc créer une croissance portée par les consommateurs et augmenter la concurrence sur le continent. Comme la plupart de ses exportations concernent les matières premières, l’Afrique doit développer leur transformation et leur utilisation pour renforcer l’intégration verticale. Les jeunes auront ainsi accès à davantage d’emplois qualifiés. »

 

 

La pandémie comme prise de conscience

 

Mais tant qu’il n’aura pas comblé ses lacunes infrastructurelles, le continent restera limité dans son développement industriel. Stéphanie von Friedeburg envisage plusieurs axes de travail, comme « repenser les politiques et les réglementations aux niveaux national et régional ». Construire l’infrastructure régionale pour soutenir la connectivité du continent et de ses 54 pays se en sera un élément essentiel.

 

Pour Rania Al-Mashat, les pays africains doivent aussi encourager la participation du secteur privé. Kuseni Dlamini, Pdg des entreprises sudafricaines Massmart Holdings et Aspen Pharmacare Holdings, le décrit comme « trop faible » et estime qu’il doit être renforcé pour permettre au continent de sortir son épingle du jeu au milieu des guerres commerciales. La pandémie a déclenché une prise de conscience : « Le commerce est une force qui ne peut profiter qu’aux pays avec un secteur privé solide. Nous devons donc améliorer notre environnement commercial pour progresser. »

 

La transition écologique comme tremplin

 

Pour Carlos Lopes, professeur honoraire à l’université du Cap et professeur invité à Sciences Po Paris, le capital naturel du continent va jouer un rôle important, même si le poids des ressources minérales explique en partie ses difficultés économiques : « L’Afrique offre un énorme potentiel en matière d’énergies renouvelables et nos minéraux stratégiques en sont un composant essentiel. Tout dépend de notre approche : soit nous subissons une nouvelle vague de dépendance avec des minéraux non transformés, soit nous nous emparons de la transition écologique pour transformer le marché. »

 

Avec la résurgence des guerres commerciales et des passions protectionnistes dont le Brexit est l’une des manifestations, l’Afrique doit réfléchir son commerce autrement. « Elle doit gagner en résilience, renforcer son secteur manufacturier et se connecter aux chaînes de valeur mondiale pour faire la différence en dépit des nouvelles guerres commerciales » conclut Kuseni Dlamini.

 

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