26 Mar 2021 / Article

Relance économique : les acteurs de la finance africaine appelés à un effort commun

Une plus grande coopération entre régulateurs, autorités politiques et opérateurs est nécessaire pour que l’Afrique réussisse sa relance post-Covid.

 

Suite à la crise sans précédent du coronavirus, le ralentissement substantiel de l’activité économique a coûté à l’Afrique pas moins de 115 milliards de dollars de pertes de production en 2020, selon la Banque mondiale.

Cela est en partie lié à la baisse des investissements et de la consommation domestique provoquées par les mesures de confinement visant à ralentir la propagation du virus. Mais cette situation pourrait également faire basculer jusqu’à 40 millions de personnes supplémentaires dans une extrême pauvreté, venant réduire à néant cinq années de progrès en la matière.

 

« L’Afrique a moins été frappé directement par la crise sanitaire que par les difficultés économiques qu’elle entraîne », a justement remarqué Joshua Oigara, PDG de la banque kényane KCB Group.

« Dans notre cas en particulier, a-t-il précisé, nous avons effectué plus d’un milliard de dollars de restructuration de dettes. Notre industrie dans son ensemble, d’après les chiffres en notre possession, a déjà quant à elle restructuré près de 45% de ses dettes en souffrance et probablement 25% supplémentaires d’ici l’année prochaine. Sur l’ensemble de ses dettes, je pense que nous avons une chance d’en récupérer entre 50 et 75%. »

 

Afin de surmonter la crise et de répondre aux besoins de financement des économies africaines, la coopération entre régulateurs, autorités politiques et opérateurs est essentielle. Laurent Goutard, Directeur des réseaux bancaires internationaux, région Afrique, bassin méditerranéen et outre-mer à la Société générale, estime que cela doit néanmoins s’accompagner d’un apport de liquidités qui assurera la réussite des entreprises en ces temps difficiles.

« Ces derniers mois, nous avons pris des mesures incitatives supplémentaires pour accroître les liquidités de nos banques locales et ainsi leur donner l’opportunité de financer davantage de PME. Par exemple, grâce à une enveloppe de 40 millions d’euros débloqués par les banques d’investissement européennes fin 2020, nous avons pu augmenter nos capacités d’accès au crédit pour les PME situées au Cameroun, au Congo et au Tchad », a-t-il expliqué.

« Nous avons également bénéficié d’une enveloppe supplémentaire de 50 millions de dollars de la part de l’IFC au Ghana », a-t-il ajouté.

Les institutions financières, aux côtés des acteurs du secteur bancaire africain, ont continué d’appliquer une stratégie d’approche sélective et prudente vis-à-vis des entreprises nécessitant des financements ou liquidités supplémentaires. Certaines banques centrales africaines ont ainsi utilisé leur flexibilité monétaire pour rapidement baisser les taux d’intérêt jusqu’à 300 points de base, comme l’a par exemple effectué la Banque centrale d’Égypte. D’autres encore l’on fait mais de manière plus progressive.

 

« Notre rôle à long terme est d’aider le secteur financier et, par ricochet, l’économie dans son ensemble, y compris les PME et les autres acteurs sur le terrain, afin de permettre une reprise résiliente et durable. Cet objectif de long terme est très important car il implique des efforts de financement supplémentaire et des conseils continus auprès des bénéficiaires financiers », a déclaré Myriam Brigui, responsable du département du réseau international de Proparco.

Par ailleurs, les banques commerciales ont un rôle stratégique à jouer dans la réussite de la relance en Afrique, à travers un ajustement des politiques de crédit pour un meilleur contrôle des coûts et bénéfices. Cela permettrait en parallèle aux acteurs du mobile money de se diversifier en proposant davantage de microcrédits pour soutenir le secteur informel.

Une autre façon de stimuler la demande est d’encourager les échanges avec la diaspora africaine, en plus des partenariats avec les institutions financières internationales pour promouvoir l’acquisition d’actifs en difficulté.

 

La Zlecaf peut-elle changer la donne ?

Contrairement aux économies les plus avancées, l’Afrique ne dispose pas de la marge de manœuvre monétaire ou fiscale nécessaire pour mettre en place de vastes programmes de relance économique. Cependant, une ouverture importante de ses marchés peut réussir à déclencher la reprise post-Covid sur le continent.

 

« Je conseillerais aux entreprises africaines, maintenant que nous avons ouvert les frontières, de regarder au-delà de leur région et de leur pays afin de se développer sur de nouveaux marchés », a déclaré Wamkele Mene, Secrétaire Général du Secrétariat de la Zone de Libre-Echange Continentale Africaine (AfCFTA).

« Nous savons que l’Afrique est un marché très dynamique. En 2019, avant le début de la pandémie, sur les dix économies dont la croissance était la plus forte au monde, six se trouvaient en Afrique. À l’époque, la croissance moyenne du continent était d’environ 3,5 à 3,6 % par an », a-t-il ajouté.

Les institutions financières internationales ont aussi un rôle à jouer en veillant à ce que les normes et les performances soient telles qu’elles continuent à attirer les acteurs internationaux sur le continent. Connecter plus d’un milliard de personnes et élargir les opportunités de marché en Afrique, nous permettra d’établir un lien de confiance entre acheteurs et vendeurs et ce, à travers de nombreuses régions. Cette architecture permettra à l’Afrique d’accélérer son développement et d’aller de l’avant.

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